‹ La philosophie de GassendiChapitre 114 sur 178 · Gass., t. II, p · texte numérisé non relu

Gass., t. II, p

de la flamme d^uae lampe, qui parait toujours la même quoiqu'elle soit toujours renouvelée *. »

D'où vient maintenant cette âme, et comment se fait-il que, composée d'éléments multiples insensibles, elle puisse produire la génération, la vie et le sentiment?

Suivant Gassendi, le flambeau de l'âme aurait été allumé dès le commencement de la génération. Les êtres qui sont engendrés d'autres êtres de même espèce, ont reçu de leurs ancêtres l'âme en même temps que la vie : qu'on s'imagine une étincelle détachée d'un foyer de lumière et conservant les propriétés du tout qui l'a produite. Quant aux êtres qui naissent par une sorte de génération spontanée, ils ont leur raison, comme nous l'avons prouvé déjà, dans une semence, un germe préexistant, créé par Dieu et possédant une sorte d'Ame en puissance qui n'attend pour se manifester et remplir sa tâche que des conditions favorables. Donc rien de contradictoire à admettre que cette âme agisse avec une sûreté merveilleuse, accomplisse les travaux les plus délicats, puisqu'elle a été prédisposée à ces fonctions par l'ordonnateur divin.

Beaucoup plus difficile semble ce second problème : comment l'âme étant composée d'éléments insensibles peut-elle devenir capable de sentir?

Plutarque considère le problème comme insoluble. « Les

1. Tout le monde connaît Tingénieux commentaire qu'a fait La Fontaine de cette théorie. Après avoir, par plusieurs exemples, prouvé que les bêtes ont de Fesprit, il ajoute :

Pour moi, si j'en étais le mattre.

Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants; Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans? Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaître

Par un exemple tout égal,

J'attribuerais à l'animal, Non point une raison selon notre manière, Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort Je subtiliserais un morceau de matière, Que l'on ne pourrait plus concevoir sans effort, Quintessence d'atome, extrait de la lumière.

Je ne sais quoi plus vif et plus mobile encore Que le feu : car enfin si le feu fait la flamme, La flamme, en s'épurant, peut-elle pas de l'Âme Nous donner quelque idée? Et sort-ii pas de l*or Des entrailles du plomb? Je rendrais mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage.

Et juger imparfaitement.

Sans qu'un singe jamais fit le moindre argument.

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atomes en s'assemblant, dit-il, ne font que se pousser et se repousser Tun l'autre et il ne s'en peut pas faire un parfait mélange et une parfaite union, parce qu'ils sont dépouillés de toute qualité et incapables d'aucun changement. Il ne s'en pourra jamais engendrer ni l'âme, ni le sentiment et bien moins encore l'entendement et la sagesse. » — Galien défend la même opinion : <( Puisqu'un atome, nous dit-il, est incapable de douleur, parce qu'il est incapable d'altération et de sentiment, il est évident que si, lorsque la chair est piquée avec une aiguille, un atome ne sent pas, deux atomes, trois, quatre atomes ne sentiront pas davantage et que ce sera de même que si on enfonçait une aiguille dans un tas de diamants ^ »

Ces objections ne sauraient valoir sans doute contre Platon qui considère toutes les choses comme animées; elles ne sauraient valoir davantage contre Anaxagore, pour qui « tout est dans tout », de telle sorte que les éléments sensibles sont tellement unis à ceux qui ne le sont pas, que les animaux peuvent être considérés comme engendrés de parties véritablement douées de sensibilité. Mais elles conservent toute leur force contre la théorie d'Épicure.

Se plaçant donc au point de vue de l'atomisme, Gassendi passe en revue les principales réponses qu'on peut leur faire, commentant et complétant les arguments d'Épicure et de Lucrèce, lorsque ceux-ci lui paraissent insuffisants.

Et d'abord, il semble que rien ne nous autorise à prétendre que toutes les propriétés qui se trouvent dans les composés, doivent également se trouver dans les composants, partant que les choses sensibles doivent être formées d'éléments capables de sentir. Si nous appliquions ce principe dans toute sa rigueur, nous serions conduits aux conséquences les plus étranges, à celleci, par exemple, que les êtres qui sont doués des facultés de voir, d'entendre, de rire et de pleurer, sont formés d'éléments qui en peuvent faire autant : ce qui est manifestement absurde *. — 11 y a plus, ce prétendu principe est à chaque instant contredit par les données de l'expérience. Est-ce que nous n'obtenons pas

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