‹ La philosophie de GassendiChapitre 115 sur 178 · Gass., II, p · texte numérisé non relu

Gass., II, p

2. (( Si debeant res, sensiles cum sint, gigni ex sensilibus, hoc est, similes ex similibus, necesse sit ergo, hominem, v. c, constare ex principiis quae ipsa rideant, plorent, ratiocinentur, etc. » (II, 344.)

tous les jours des corps composés dont les propriétés diffèrent de celles des éléments qui les ont formés? L'huile de vitriol et l'huile de tartre, qui sont froides Tune et l'autre, donnent un mélange qui est chaud ; on pourrait multiplier les exemples ^ Nous savons quelle brillante fortune a obtenue, depuis Gassendi, cet argument auprès des matérialistes et des positivistes, grâce aux progrès de la science.

Ces conclusions, d'ailleurs, les philosophes eux-mêmes qui accordent la sensibilité à tous les éléments des choses, doivent les admettre, sinon ils ne pourraient expliquer ni l'unité de la vie physique, ni l'unité de la vie sensible. En effet, qu'obtenons-nous dans leur hypothèse? Un agrégat de petits êtres vivants, par suite une multitude de sentiments divers; mais nous n'obtenons pas un être un, d'une espèce particulière et déterminée *. Force est donc de reconnaître que dans la synthèse des éléments premiers il se forme un tout qui possède des qualités que ces éléments ne possédaient pas '.

Il faut toutefois bien comprendre, ajoute Gassendi, dans quel sens nous entendons que l'âme est formée d'atomes insensibles. « Toute sorte de semence étant animée, et non seulement les animaux qui naissent de l'accouplement, mais ceux qui s'engendrent de la pourriture, étant formés de petites molécules séminales qui ont été assemblées et formées ou dès le commencement du monde ou depuis, on ne peut pas, pour cette raison, dire absolument que les choses sensibles se fassent d'éléments insensibles, mais plutôt qu'elles se font de choses qui, bien qu'elles ne sentent pas effectivement^ contiennent néanmoins le principe du sentiment^ de

1. « Nihil répugnât convenire aliquid toti, quod non conveniat partibus. » (Gass., II, 344.)

2. « Quartum... quia licet admittantiir et quasi auimalia et immorlalia simul : tum nuUum animalium, qualia jam visuntur, gigni poterit, sui scilicet generis, coalitumve in unam speciem, sed acervus solummodo variorum animalculorum. » {Id,^ 344.)

3. M. Rabier, qui fait de cette théorie un examen critique minutieux, s'applique surtout à en montrer la faiblesse. M. Boutroux (De la contingence des lois de la nature) admet, au contraire, que dans les synthèses chimiques il se forme quelque chose de nouveau et qu'il y a dans les composés un élément qui ne se trouve pas dans les composants. La synthèse serait donc un mystère, un miracle dans la nature, puisqu'elle implique un commencement absolu. Cette opinion est également celle que défend Gassendi; il ne croit la difficulté soluble que si Ton s'élève jusqu'à Dieu.

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même que les principes du feu sont contenus et cachés dans les veines du caillou. D'où vient que, comme le feu qui a été une fois engendré d*un caillou peut ensuite tirer de pareilles semences des matières dont il se nourrit, ainsi l'âme qui a été une fois engendrée de semence peut des aliments tirer de pareilles semences dont elle soit fortifiée et amplifiée et par lesquelles elle sente ou devienne le principe du sentiment '. » — Ce qui revient à dire, en définitive, que si Tàme peut sentir, c*est que les éléments qui la composent ont été disposés dès Torigine, par Dieu, dans un ordre convenable à cet effet et que le sentiment est le résultat de cet ordre môme. Tout être vivant et sentant vient en effet d'un germe, d'une semence préexistante : germe ou semence qui possèdent virtuellement la sensibilité.

A quoi donc se ramènent les objections de Plutarque et de Galion? A ce simple postulat dont nous avons montré l'inexactitude : qu*il ne saurait y avoir, dans le tout, rien qui ne se trouve déjà dans les parties.

Vax rendant compte ainsi de la naissance du sentiment par la disposition des parties de i'àme, avons-nous élucidé tous les points obscurs du problème à résoudre? « Comment des atomes, insensibles quand on les considère isolément, deviennent-ils sensibles ijuand ils sont unis? » La difficulté ne reste-trelle pas au contraire tout entière? — Gassendi ne semble pas éloigné de le croire. « Il faut certes avouer, dit-il, qu'il n'y a pas lieu d'espérer que ceci nous puisse devenir sensible et manifeste, puisque cVst une chose, ou je me trompe fort, qui surpasse l'esprit humain de comprendre quelle doit être la tissure et la contempération soit de la potite flamme pour pouvoir être censée âme et principe do sentir, soit de Torgane dont Tâme se sert pour sentir. C'est pourquoi je propose seulement ces choses comme en béirayant pour insinuer autant qu*il m*est possible le pro* grès par lequel les choses d'insensibles deviennent sensibles; et ce d'autant plus que la nature n a pas coutume de passer d'une ovtrèmito à l'autre qu'en parcourant certains degrés qui sont ontro doux. Car c'est ainsi, ptf exemple, qae lesfmits des arbres d'aigres deviennent doux, et^ «ft progrès tellemeat msen-

siblo que dans le comnM ttaÂeerne rien de la qualité

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