‹ La philosophie de GassendiChapitre 116 sur 178 · Gass., Il, S4T · texte numérisé non relu

Gass., Il, S4T

qui doit suivre, ni sur la fin, rien de celle qui a précédé au commencement; comme pour nous faire entendre qu'une chose insensible devient sensible par une espèce de progrès de la sorte que les hommes ne sauraient observer ^ » Ainsi les qualités qu'acquièrent les choses inanimées et les plantes ne lui paraissent pas moins difficiles à expliquer que le sentiment même de l'âme.

III. — Étudions maintenant l'âme humaine. Qu'elle soit plus complexe que l'âme des animaux, le moindre examen nous le prouve, car les fonctions qu'elle accomplit sont plus nombreuses, quelques-unes même, au moins en apparence, tout à fait différentes. Si, d'une part, elle nous apparaît comme douée des facultés nutritive, végétative, sensitive, comme l'âme des bêtes; de l'autre, elle nous apparaît comme douée de raison et de volonté : facultés qui n'appartiennent qu'à l'homme. Cette opposition nous explique les hésitations des philosophes et la variété des hypothèses qu'ils nous proposent pour en rendre compte.

Suivant les uns, l'âme humaine serait une substance simple et incorporelle, mais douée de deux pouvoirs distincts : l'un capable d'agir sans organe ; l'autre, sans organe, incapable de rien produire. Cette âme ils la conçoivent comme créée par Dieu et infuse dans le corps soit au moment de la génération, soit plus tard. Dans cette dernière hypothèse, elle remplace à son arrivée l'âme sensitive qui a, en quelque sorte, préparé un organisme pour la recevoir et qui meurt dès que sa tâche est remplie.

Suivant les autres, l'âme serait non une substance simple, mais une substance double, c'est-à-dire composée de deux parties de nature différente : l'une raisonnable, l'autre irraisonnable. Mais, ici encore, les divergences d'opinions sont considérables. C'est ainsi que Pythagore et Platon, suivant la remarque que nous en avons faite déjà, considèrent l'âme raisonnable comme parcelle de l'âme du monde et simplement assistante et non informante; que Manès voit en elle un tout formé de deux éléments, l'un venant du principe du bien, l'autre du principe du mal. Reste enfin une dernière théorie, celle à laquelle se rattache Gassendi et qui consiste à soutenir que

Page 1