‹ La philosophie de GassendiChapitre 117 sur 178 · Gass., VII, p. 346, trad. Bernier · texte numérisé non relu

Gass., VII, p. 346, trad. Bernier

Thomas. — Gassendi. 15

226 DE l'ame

« rame est composée de deux parties, Tune irraisonaable qui, comprenant la végétative et la sensitive, est corporelle, tire son origine du père et de la mère, et est comme une espèce de milieu et de lien pour unir et joindre Tâme raisonnable avec le corps; Tautre raisonnable et intellectuelle qui est incorporelle, créée de Dieu, infuse et unie comme une vraie forme au corps par le moyen de l'irraisonnable *. »

Voyons quels arguments il invoque à l'appui de cette théorie.

Il constate d'abord qu'elle a été soutenue par un grand nombre de théologiens, bien que Thypothèse d'une âme unique compte aussi des défenseurs d'une grande autorité. Cette division des théologiens en deux camps prouve au moins que la question est encore ouverte et qu'on en peut discuter librement.

Cette précaution prise, il tire sa première preuve de la lutte qui constamment se livre en nous entre les sens et Tentendement; entre la passion et la raison. « Je vois, dit TApôtre, dans mes membres une autre loi qui répugne aux lois de mon esprit. » Or, comment expliquer cette opposition, si souvent décrite par les moralistes et les poètes, si le principe du sentiment et de la vie se confond avec le principe de la pensée et de la volonté? Nulle chose ne peut être en contradiction avec elle-même : nîhil potest sibi adversari. Dans une substance simple, le feu, par exemple, nous ne pouvons admettre l'existence de deux facultés opposées, l'une le froid, l'autre le chaud. Il doit en être de même pour l'âme.

Nous avons vu avec quel soin, en étudiant l'entendement, il en oppose les fonctions à celles de la phantaisie. Celle-ci ne peut se représenter les choses [que sous des formes sensibles ; elle est incapable de réfléchir à son action; l'entendement, au contraire, peut connaître des choses incorporelles, se connaître lui-même, s'élever par le raisonnement jusqu'aux conceptions les plus abstraites et jusqu'à Dieu. Comment assimiler deux principes aussi différents*? C'est là ce que Cicéron met clairement en lumière : « Il n'y a rien dans les natures terrestres, dit-il, qui contienne la puissance de la mémoire, de l'entendement, de la pensée. L'esprit est donc une certaine force particulière, séparée des

Page 1