Voy. Physique, 2© partie, chap. m
natures connues et ordinaires. Ainsi quel que soit ce qui sent, ce qui entend, ce qui veut, c'est quelque chose de divin et par conséquent éternel ^ »
Un autre avantage de cette explication c'est de nous faire comprendre quelle est la part de Dieu et quelle est la part de rhomme dans Tœuvre de la génération. De Dieu vient Tâme raisonnable et incorporelle; de Thomme, Tâme inférieure qui se transmet avec la semence. De plus, nous entrevoyons quelle est notre véritable place dans la nature, puisque Thomme devient, en quelque sorte, un moyen terme entre l'animal qui n'a qu'une âme sensitive et l'ange qui n'a qu'une âme raisonnable. Par là se trouve complétée la série des êtres du minéral à Dieu, sans qu'il y ait ni lacune, ni brusque passage de l'un à l'autre. Nous avons vu Gassendi insister plusieurs fois déjà sur cette progression des êtres et leur développement graduel, chacun d'eux présentant quelque perfection de plus que celui qui le précède, jusqu'à Dieu qui réunit en lui les perfections de tous les autres. On sait quel parti Leibniz tirera de cette idée, qui est plutôt d'ordre esthétique que d'ordre logique ou moral. Elle semble avoir inspiré Bossuet lui-même. « Il est d'un beau dessein, dit-il, d'avoir voulu faire de toutes sortes d'êtres : des êtres qui n'eussent que de rétendue ; des êtres qui n'eussent que de l'intelligence et enfin des êtres où tout fût uni et où une âme intelligente se trouvât jointe à un corps '. »
Bien que ces preuves lui paraissent concluantes, Gassendi n'ignore pas les objections qu'elles peuvent soulever; aussi cherche-t-il à les prévenir et à les réfuter d'avance. La plus grave est celle-ci : cette dualité de principes qui se trouve dans l'âme ne compromet-elle pas l'unité de la nature humaine?
Il est bien vrai, répond Gassendi, qu'en parlant de notre âme nous en parlons comme si elle était une. Mais quand nous parlons de l'homme en général, n'en parlons-nous pas aussi comme d'un seul et même être, bien qu'il soit composé d'une âme et d'un corps? Or, si l'homme ne cesse pas d'être un, bien qu'il soit composé de deux parties, pourquoi n'en serait-il pas de même de l'âme bien qu'elle soit double? Si, en parlant d'elle,
1. Gass., II, p. 443. Voy., dans Bernier, le commentaire de ces arguments.