‹ La philosophie de GassendiChapitre 119 sur 178 · Bossuet, Conn. de JJieUy IV, I · texte numérisé non relu

Bossuet, Conn. de JJieUy IV, I

nous disons simplement qu'elle est raisonnable, sans faire aucune mention de Tâme sensitive, c*est qu*ordinairement on dénomme les choses par leur partie la plus noble, laissant les autres dans Tombre.

Toutefois, Gassendi sent bien que ce n'est là qu'une demiréponse; car peu importe la manière dont nous désignions les choses; il reste toujours à se demander si véritablement nous n'avons pas ici, non un être simple, mais deux êtres : unum quidj unum per se, sed duo. Gassendi croit répondre à cette difficulté en remarquant que l'âme sensitive est à Tâme raisonnable, ce que la puissance est à l'acte et le corps à Tàme. « Si l'homme étant composé d une si grande diversité de parties, dit- il, ne cesse pas d'être un ou un par soi, en ce que l'un est puissance, comme on dit, et l'autre, acte, ou si vous voulez, en ce que l'un est de sa nature propre à recevoir et l'autre à être reçu, l'âme humaine sera certainement aussi une par soi, unum quid per se, en ce que la sensitive sera comme la puissance recevante et la raisonnable comme Tacte reçu, et le composé de Tune et de Tautre sera un acte propre à être reçu dans le corps, et à faire avec lui un tout par soi, aliquidper se unum. Joint à cela qu'il est assez ordinaire qu'un chacun de nous soit dit deux, à savoir homme intérieur et homme. extérieur, ou homme spirituel et homme animal, homo splntualis, homo animalis, à cause des deux parties de l'âme *. » L'âme sensitive est donc un intermédiaire, une sorte de moyenne proportionnelle entre le corps et l'âme raisonnable *.

Gomment se fait-il maintenant que l'âme raisonnable qui est incorporelle, qui n'a ni grandeur, ni parties, ni étendue puisse être unie à l'âme sensitive qui est corporelle, partant composée, et devenir pour le corps non seulement un principe assistant, mais une forme informante? — Gassendi résout ce dernier problème par un système auquel un de ses historiens ^ donne le nom de système de destination et qui est assurément ingénieux, sinon convaincant.

2. Voir l'exposition et la réfutation de cette théorie dans Pouvrage de M. F. Bouillier, Du principe vital et de l'âme pensante, édit. de 1862, p. 158 et sq.

3. Étude sur le syntagma philosophicum^ par L. Mandon, op, cit., p. 147 et sq.

Nature de l'amb 239

Pour que rien ne manquât à son ouvrage, dit Gassendi, Dieu ayant créé trois espèces de natures différentes, de purement corporelles, de purement intelligentes et de mixtes, il a voulu que Tâme raisonnable « eût de sa nature une destination et une inclination au corps et à Tâme sensitive, et qu'étant comme l'acte, la perfection, le complément, la forme de cette àme sensitive, elle devînt, par son moyen, l'acte et la véritable forme du corps. La chose se comporte ici, ajoute-t-il, comme lorsqu'un prince destine sa fille cadette à un paysan et que la jeune 011e est disposée à cette alliance, soit à cause que son père la lui destine, soit parce qu'elle espère avoir ainsi des enfants. Dans ce cas, le mariage a lieu, non à cau^e de l'égalité de rang, mais par suite de la destination et de l'inclination ; ainsi, l'union de l'âme et du corps a lieu, non par suite de l'égalité de substance, mais par la destination du Père suprême de la nature, et par l'inclination de l'âme vers le corps. Si l'àme raisonnable est unie d'abord à l'âme sensitive, ce n'est point parce que celle-ci est composée d'éléments plus subtils, c'est parce qu'elle possède l'imagination dont la raison a besoin pour féconder. » Ne recherchons donc pas d'explication en quelque sorte physique de leur union : cette union vient de ce qu'elles ont été créées l'une pour l'autre, de ce qu'elles se complètent mutuellement, se fondent en quelque sorte ensemble pendant la vie. Or, si le corps a été formé pour recevoir l'âme sensitive et rendre ses fonctions possibles; l'âme sensitive, pour recevoir l'âme raisonnable et lui permettre de penser; l'âme raisonnable pour parachever les deux principes précédents, on conçoit que ces trois principes, bien que distincts, réalisent un tout un, pendant qu'ils sont ensemble, et qu'il y ait entre la vie physique, la vie sensible et la vie intellectuelle une dépendance réciproque et un parfait accord *.

1. a Videtur naturse author triplici quodam naturarum génère mundum exornasse, primum ut puta pure incorporearum, sive Intelligentiarum ; alterum pure corporearum, sive corporum; et lertium ex corporeo incorporeoque constantium, sive homiDum; idquc, ne ullum naturœ gcnuH tanto ac tam perrecto operi déesse videretur. Quare et eam esse voluisse rationalis animœ conditionem, ut suapte natura destinalionem, inclinationemque haberet ad corpus, senlienlemque animam; et facta hujus animée quasi aclus, pcrfectio, complementum, forma; efiiceretur per ipsam actus, veraque forma corporis. Corpus vero tanquam subjectum, materia, potentia receptrix sensitivœ animœ, ficret ipsa intercédante, subjcclum

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Il resterait à se demander si Tâme raisonnable étant la forme informante du corps est présente à tout l'organisme ou simplement à l'une de ses parties essentielles. Cette dernière hypothèse est celle qu'admet Gassendi. De même qu'un roi, dit-il, peut, de son palais, diriger toutes les afifaires du royaume, grâce aux moyens d'information qu'il possède et aux serviteurs qui transmettent ses ordres, de même l'âme peut être informée de ce qui a lieu dans l'organisme et lui transmettre ses volontés tout en ayant son siège dans le cerveau. L'expérience, fort vague, il est vrai, dans ce cas, ne semble-t-elle pas nous montrer que c'est bien dans le cerveau et non dans une autre partie du corps que nous pensons? Une dernière preuve enGn, tirée de l'analogie, paraît justifier ces conclusions : il est incontestable que l'âme sensitive informe le corps entier, et cependant il est certaines parties du corps d'où la sensibilité est absente, les os par exemple. Or, si l'âme sensitive peut être absente de tant de parties où est l'âme végétative et néanmoins être forme du corps, rien ne s'oppose à ce que l'âme raisonnable soit absente d'un plus grand nombre encore d'organes, et qu'elle reste cependant la forme informante de l'être organisé.

seu potentia animse ipsius rationalis receptrix. Id se période habet, ac si princeps postremam familiarum rustico destinet , ipsaque ad eas nuptias propendeat, tum ob patrie destinationem, tum quia sese prolem ex iis suscepturam prœsentiat. Quippe ut hic nuptias non paritas generis, sed destinatio et propensio facit; ita adhœsionem rationalis animœ ad corpus facit; non paritas substantiœ, toto entm génère distant, sed summi naturœ parentis destinatio et propensio, qua ipsa anima substantiarum separatarum infima, ob spéciales usus inclinatur ad corpus. » (Gass., II, 444.).

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