‹ La philosophie de GassendiChapitre 121 sur 178 · Gass., Synt,, II, p. 630; Adnimadv., I, p · texte numérisé non relu

Gass., Synt,, II, p. 630; Adnimadv., I, p

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impossible : qui ne désire une perpétuelle jeunesse et une «rpétuelle santé? N'en est- il pas de même de notre désir d'imortalité ?

Non, répond Gassendi, car entre ces désirs il n'y a pas parité.

. faut distinguer avec soin, dit-il, les désirs même très généraux

ni viennent de la réflexion et de Tespoir d'un plaisir ou d'un

Taatage entrevu, et ceux qui précèdent toute réflexion et qu'on

pporte en naissant. Ceux-ci sont naturels, ceux-là ne le sont

as. Les premiers peuvent être irréalisables, non les autres.

insi l'homme peut désirer avoir des ailes pour se transporter

pJas commodément d'un endroit à un autre, mais ce désir ne

^ient point de la nature car elle lui a refusé de quoi le réaliser :

^u contraire, la nature, lui a donné de quoi réaliser son double

désir d'Immortalité; il désire survivre dans d'autres lui-même et

perpétuer l'espèce humaine : la nature lui a donné, en le créant,

^^ puissance génératrice; il désire survivre lui-même, enconser-

^&nt son individualité, et elle lui a donné une âme raisonnable,

substance incorporelle et indestructible. — Comment alors

expliquer la crainte de la mort? Si la mort n'est qu'un passage,

"île délivrance, elle devrait être plutôt désirée? — Cette crainte

s*6:3[plique sufBsamment par ce simple fait d'expérience que les

^îens présents nous touchent toujours plus que les biens éloignés.

I^e se pourrait-il pas cependant que l'Immortalité désirée par

'^Oiis, fût uniquement celle de la renommée? Epicure croit que

"^ine se dissout en même temps que le corps et cependant il

*^die ses œuvres à la postérité : ne semble-t-il pas que la

*^\ile chose qu'il ambitionne soit la gloire de son nom? — Rai-

^^^iiner ainsi c'est être le jouet d'une double illusion. L'homme

^^sire l'immortalité sous toutes ses formes, seulement il arrive

*éblom par Tune d'elles, il ne songe plus aux autres; il oublie

éme celle de la personne sans laquelle les autres n'ont plus

•^^ur raison d'être. C'est ainsi qu'on en arrive à désirer tel genre

^^ nourriture et à méconnaître que ce désir a sa source dans

^elui de la nourriture en général. — En outre, quoi de plus vain

^ue la renommée, dans l'hypothèse où nous mourrons tout

^ntier? Il serait donc étrange d'admettre que la nature nous

inspire le désir de choses absolument sans prix.

A ces deux preuves, il en ajoute une troisième; c'est la preuve morale par excellence, celle que Kant reprendra plus tard et

développera longuement et qui se tire de Tidée même que nous nous faisons de la vertu. Vertu et bonheur, vice et malheur, sont pour nous termes corrélatifs et qu'il nous semble inn possible de séparer. Or, que remarquons-nous ici bas? Que beaucoup sont comblés d'honneurs et de biens qui ont violé la justice; beaucoup, accablés d'épreuves et de maux, qui Font toujours respectée. 11 faut donc que l'équilibre qui sur terre est rompu, soit un Jour rétabli et que chacun obtienne ce qu'il mérite. Cette preuve trouve sa confirmation dans l'idée que nous nous faisons de Dieu : Dieu étant avant tout un être souverainement juste et bon. Supprimez maintenant toute sanction future et « vous fermez la porte à la vertu pour l'ouvrir au vice; vous détruisez toute religion, rendez inutile et ridicule la piété, brisez les liens qui maintiennent l'ordre dans les états » *. La richesse, les plaisii*s s'offrent à nous, faisons-leur bon accueil : pourquoi les repousser, tout périt avec nous?

Prétendre toutefois que la justice doit présider à la distribution des biens et des maux qu'éprouvent les êtres vivants, n'estce pas implicitement reconnaître que les âmes des animaux doivent être immortelles comme les nôtres? Est-ce que les animaux ne souffrent pas aussi injustement? Leur refuser l'immortalité, n'est-ce pas accuser Dieu?

Il importe, répond Gassendi, de bien marquer les dififérences qui existent entre l'homme et l'animal. L'animal, sans doute, loin d'être un pur automate comme le voulait Descartes, est doué de sensibilité et d'imagination, mais il lui manque le sentiment du devoir. L'homme se sent obligé de faire le bien et de respecter ses semblables, le loup ne se sent pas obligé de respecter l'agneau. Celui-ci n'a d'autre notion que celle de l'agréable et de l'utile; celui-là a le sentiment de la justice, connaît la loi de Dieu, sait quand il fait bien et quand il fait mal. Ajoutons enfin que l'homme a de plus le sentiment de l'Immortalité, sentiment dont l'animal semble dépourvu. — Nous ne saurions donc être autorisés à conclure de l'un à l'autre et à affirmer que ce qui convient à celui-là convient également à celui-ci '.

1. « Si secus sit janua prœcludetur virluti, aperietur sceleri, etc. » (Gass., II, p. 632.)

2. a Addo... hominem teneri homini prodesse, non inferre injuriam, non teneri autem pari jure lupum erga ovem. Homo agnoscit rationem ipsam

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Plus spécieuse est robjection des philosophes qui nous disent que la vertu porte en elle-même sa récompense, le vice son châtiment et que l'hypothèse de Tim mortalité est une superfé talion inutile *. Une telle conception est assurément fort belle et Gassendi rend hommage, en passant, aux stoïciens qui élèvent aussi haut la vertu; cependant il ne la croit ni humaine, ni vraiment raisonnable. Sans doute la vertu rend l'homme heureux et le place au-dessus de tous les coups de la fortune; sans doute l*homme vicieux ne possède qu'un bonheur apparent, et pourtant nous sentons que ni l'un ni l'autre n'ont ce qu'ils méritent. La raison nous dit que l'un doit obtenir une récompense plus haute, l'autre un sort plus équitable.

Mais n'est-ce pas exagérer la valeur de nos propres actions que de les juger dignes d'une récompense éternelle? — Non, car si, au point de vue physique, une action n'est rien; au point de vue moral, elle a un prix infini *.

En résumé si l'homme est immortel c'est qu'il est un être libre, soumis à la loi du devoir, émanée de Dieu; c'est que la vertu a un prix infini, car elle est la réalisation des perfections divines et que toute perfection vaut par elle-même et ne saurait être anéantie.

La plupart des historiens de Gassendi qui ont signalé les preuves précédentes ont cru suffisant de les résumer en quelques lignes, tout en laissant de côté le commentaire qui les accompagne, aussi ajoutent-ils bien vite, comme pour excuser leur

justilise, agnoscit se prsescriptum aut sequi aut prœtergredi; ipsa vero bruta nihil taie agnoscunt. — Subit prsetere a cgitatio superfuturi a morte status, cum bruta nihil simile cogitent, expetant. » (Ibid.)

1. « Nonne ipsa virtus sibimet pulcherrima merces? Ecquid igitur opus illo statu in quem virtutis prœmium differatur? » (Gass., II.)

2. « Addo, licet bona actio virtusque adeo ac probitas physice spectata pertenue quid sit; quia meritum tamen secundum moralem œstimationem attenditur; idcirco eam esse ejus excellentiam, ut cum ex libertate, electione ac studio se componendi ad optima, conformandique, quantum licet, divinis perfectionibus nobilitetur ; ideo prsemium ipsi debeatur illustre, et quantum fîeri potest divinum, animumque beans : taie scilicet, ad quod animus ipse naturae sponte adspirat. Hujusmodi yero solum prœmium est, quod eripi ab animo, amittique non valeat, sempiternumque idcirco sit... Eadem actio, quœ quatenus est naturale quid elici quoque a bruto potest, non magni momenti in ipso est Bruto, immensi autem in Homine ob dignitatem animi, ipsumque studium honestatis. » (II, 633.)

laconisme, qu'elles n'offrent aucune nouveauté ^ Damiron leur reproche surtout de négliger « certains faits de notre nature inexprimables sans l'immortalité * ». — Un tel jugement est assurément sévère : le désir de l'immortalité que Gassendi étudie avec tant de soin ne fait-il pas partie « des faits de notre nature » dont parle Damiron? Peut-on soutenir que la dernière preuve morale que nous avons exposée, bien que Tidée en soit fort ancienne, n*a pas été rajeunie et fortifiée par Gassendi? Il semble difficile de le faire, même après la lecture du simple résumé qui précède.

1. Mandon, Étude sur le Syntagma, p. 58; de la Phiiowphie de Gassendi, p. 75.

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