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l'autre, doelriae, conduite, tout semble opposé : autant ceux-là sont fiers, hautains, rudes, sévères, autant ceux-ci sont simples, fetniliers, doux et bienveillants. De là une naturelle inimitié. Enfin, il y a plus et, comme le remarque Sénèque, il est probable que les stoïciens qui n'avaient point pénétré « dans l'intéï^i^ur de TÉcole d'Epicure » en ignoraient les vrais caractères. N'ous sommes donc autorisés à n'accorder à leurs accusations ^ vi'une valeur toute relative.
Nous ne saurions, dit Gassendi, ajouter plus de crédit à celles
^^s poètes comiques. N*est-il pas évident que leur seul but est
^ "obtenir les applaudissements de la foule? Or, la morale épicu-
«nne, défigurée comme elle Tétait par ses adversaires, leur
urnissait une ample matière à raillerie et à bons mots et ils en
•nt profité.
Quant aux jugements des Pères de l'Église, leur autorité se
cuve singulièrement atténuée par ces simples considérations :
première, c'est qu'ils connaissaient fort mal la doctrine qu'ils
ttaquaient et l'appréciaient le plus souvent d'après autrui; la
^conde, c'est que leur préoccupation principale était, non d'im-
rouver telle ou telle doctrine spéciale, mais bien d'inspirer
^*amour de la vertu et le mépris des passions et des voluptés
^^auvaises.
Libres ainsi de tout préjugé, nous pouvons sans souci des interprètes qu'a trouvés Epicure dans l'antiquité ou au moyen &ge, étudier sa doctrine en elle-même.
Le principe fondamental sur lequel elle repose c'est que la fin de notre activité est le plaisir. Tout être vivant, nous dit Epicure, à peine né, tend au plaisir comme à son bien naturel et fuit la douleur comme un mal. Les choses ne sont donc appréciées que par rapport au plaisir et à la douleur; de sorte qu'on peut considérer l'un comme notre souverain Bien, l'autre comme notre souverain Mal. *
De ce principe mal compris ou volontairement dénaturé, viennent la plupart des critiques acerbes dirigées contre Epicure. On croit ou l'on feint de croire que, dans son système, le terme de volupté désigne surtout les jouissances corporelles. C'est d'ailleurs en ce sens que nous le prenons le plus ordinairement, comme le prouvent nos sentiments envers les voluptueux. Et pourtant ne savons-nous pas que la plupart des philosophes
l'entendent d'autre sorte? Platon et Aristole distinguent les plaisirs ou les voluptés du corps et les plaisirs de l'esprit; les plaisirs nobles, légitimes et purs, et les plaisirs bas, illicites, mauvais. « Nous croyons, dit Aristote, que la volupté doit être mêlée avec la félicité, et comme on demeure d'accord qu'entre les opérations qui sont selon la vertu, celle qui vient de la sagesse est la plus douce de toutes, la sagesse semble pour cette raison contenir des voluptés admirables, pures et stables. » « Lorsqu'il rencontre la vérité, dit à son tour Gicéron, l'esprit est rempli d'une très douce volupté. » C'est donc tout à fait à tort qu'on attache, a priori et d'une manière générale, un sens défavorable au terme de volupté.
Epicure a pris soin du reste de nous mettre en garde contre toute méprise, par les déclarations les plus formelles.
Il distingue les plaisirs du corps des plaisirs de l'esprit et déclare ceux-ci préférables. « Par le corps, dit-il, nous ne pouvons sentir que le présent, mais par l'esprit nous pouvons sentir le passé et l'avenir. Il est évident qu'une très grande volupté ou une très grande affliction contribuent davantage à la vie heureuse ou malheureuse que ne font une grande volupté ou une grande douleur du corps. »
Ce n'est pas tout. De même qu'il place au-dessus des plaisirs du corps les plaisirs de l'esprit, de même il place au-dessus de tout le reste cette volupté qui résulte de la santé du corps et de la tranquillité de l'esprit ^ « Quand nous affirmons, dit-il, que la volupté est la fin, nous n'entendons point parler des voluptés des débauchés, ni même de celles des autres hommes, en tant qu'ils sont considérés dans l'action même de jouir, lorsque le sens est affecté agréablement et doucement; nous entendons seulement ceci : jjltqte aXyeTv xatà (rwaa, jjLiQTe xapaTTeo-Ôat xati ^u^^v, ne sentir point de douleur au corps et n'avoir point de trouble dans l'àme. »
Par là, Epicure s'éloigne également et de l'opinion d'Aristippe et de celle de Zenon.
Il s'éloigne de l'opinion d'Aristippe * parce qu'il met les plaisirs de l'esprit au-dessus des plaisirs du corps, et consi-
1. « Profitetur beatîe vitae finem non alium esse quam tyiv tov (T66(j.aTO<
Oyetav, xal xi^ç tj^yxf.ç àtapa^tav, » (Gass., II, 682.)