Gass., II, p
et faire faillite au bonheur : « Dum differtur, vita transcurrit. »
Enfin il est bon, nous dit Épicure, de faire très tôt l'apprentissage de la sagesse, car seule elle nous procurera la santé du corps et la tranquillité de l'esprit. N'en usons pas avec elle comme Thaïes à l'égard du mariage; sa mère le pressant de se marier, il pouvait bien avoir raison de répondre : Il n'est pas encore temps; puis : Il n'est plus temps; il n'est jamais trop tard pour s'instruire des choses qui peuvent nous rendre heureux*.
Quant aux moyens directs d'obtenir le bonheur, ils se trouvent tous dans la pratique de la vertu.
Par la Sagesse dont nous venons de parler et qui est Ja première de toutes les vertus, « nous apprenons à nous diriger dans la recherche de la véritable volupté, à faire un choix entre nos désirs, à apprécier les choses à leurjuste valeur par rapport à nous».
Par la Tempérance, nous restons maîtres de nous-mêmes, domptons nos passions, savons nous priver des jouissances passagères pour nous en procurer de durables.
Par la Force, nous supportons les revers, écartons la crainte de la mort, bravons l'infortune.
Par la Justice, enfin, nous jouissons de la sécurité la plus grande, exempts de tous les soucis qui assaillent ceux qui l'ont violée '.
Nous voyons maintenant, conclut Gassendi, quels rapports unissent la vraie Volupté, le souverain Bien et la Vertu. « La vertu est inséparable du bonheur, car elle en est la cause nécessaire, en ce qu'étant posée, la volupté suit, et qu'étant ôtée, la volupté Test également : de même que le soleil seul peut être dit inséparable du jour parce qu'il est seul la vraie et nécessaire cause du jour, en ce qu'étant présent sur l'horizon, il faut que le jour soit et que n'y étant pas, il faut que le jour ne soit pas. Or la raison pourquoi Épicure a voulu que la vertu fût la cause effectrice de la félicité est qu'il a cru que la Prudence était, pour ainsi dire, toutes les vertus; en ce que toutes les autres vertus naissent de la Prudence ou Sagesse, et ont une connexion nécessaire avec elle ^. »
\. Gass., I, p. 677.