Gass., II, p
Pouvons-nous faire subir la même réduction à l'honnête? icéron ne le pense pas. Il définit en effet l'honnête : « Ce qui st tel qu'il puisse, toute utilité étant ôtée, sans aucune récompense, tre loué de soi ou par soi ». Prise au pied de la lettre, cette ^:3éfinition est captieuse, mais commentons-la par Cicéron lui- '■même. A maintes reprises, il associe ces termes d'honnête et de louange : il déclare même formellement que « la vertu ne demande aucune autre récompense des travaux et des dangers <jiie la louange et la gloire ». C'est que, « chez les Latins Thonnête est dit honnête de l'honneur qu'il mérite, et que chez les Grecs tô xàXov ne semble pas avoir d'autre signification ». Sa valeur lui vient donc de l'approbation des autres hommes et de la joie que procure cette approbation. Or, Épicure, remarque Gassendi, «^admettrait fort bien que les honnêtes gens ne se proposent aucun profit, ni aucun avantage tel qu'est l'argent, mais non pas qu'ils ne se proposent aucun autre bien, tel qu'est la louange, la gloire, l'honneur, la réputation ». Il ne semble donc pas qu'Épicure ait si mal défini l'honnête en disant : « L'honnête est ce qui est glorieux et honorable par la voix et par la recommandation générale du peuple. » — Au reste il y a mieux à dire : cette expression « l'honnête est recherché pour lui-même » peut s'entendre autrement : « Ne peut-il se faire que quelqu'un désire l'honneur, la science, la vertu, non pour en retirer quelque gain, pour s'enrichir davantage, mais simplement pour l'honneur qui en revient, pour posséder un entendement éclairé et savant, pour être modéré dans ses passions ; et tout cela néanmoins parce qu'il est doux d'être honoré, d'être Savant, d'être vertueux, d'avoir l'esprit sain et tranquille * ».
Les rapports qu'il vient de signaler entre l'honnête et l'amour de la gloire et de la louange l'amènent à dire un mot du sentiment de l'honneur, qui a été de nos jours si judicieusement et si finement * analysé : suivant Gassendi, ce sentiment aurait sa source dans deux désirs différents. Le premier est le désir d'être admiré, afin d'éprouver cette joie que même les plus indifférents ressentent lorsqu'ils se voient distingués par la foule, populaires et célèbres. Le second est le désir d'être libre, indépendant, res-