Gass., II
comme, par exemple, pour prévenir Teanemi qui ne manquerait pas de faire irruption sur lui ; pour reprendre quelque chose que l'ennemi aura injustement usurpé et n'aura pas voulu restituer après en avoir été averti; pour secourir ses alliés injustement opprimés ou pour assister quelque autre nation qui, pour être trop faible et être aussi injustement attaquée, implore son assistance. » Mais il ne suffit pas de bien préparer la guerre, il faut encore la bien conduire et pour cela il est nécessaire d'en confier la direction à un chef unique, brave et instruit, aimé et respecté des soldats. Enfin, la guerre achevée, il faut savoir user de la victoire avec modération, car il n'est pas moins grand, parfois, de pardonner que de vaincre.
Gassendi se demande, en defnier lieu, si le sage doit s'occuper des affaires de l'État et briguer les charges publiques. Sur ce point encore il semble accepter l'opinion du plus grand nombre des philosophes anciens. Celui-là sans doute qui se sent doué d'aptitudes toutes spéciales et capable de rendre à son pays de sérieux services, ne doit pas hésiter à diriger ses efforts en ce sens; mais qu'il n'oublie jamais à quoi une telle décision l'expose, à tous les ennuis qui l'attendent. Plus la charge qu'il convoitera ou obtiendra sera élevée^ plus il sera exposé à la jalousie; plus il lui sera difficile de vivre heureux.
III. — La Force est *, de toutes les autres vertus, celle qui est le plus étroitement unie à la prudence. On ne saurait la faire consister uniquement dans le courage mihtaire : ce serait en amoindrir l'importance. On ne saurait la considérer davantage comme une certaine énergie qui nous rendrait indifférents aussi bien au plaisir et à la douleur qu'aux autres accidents humains : ce qui serait en exagérer la portée. Elle est plutôt un moyen terme entre la timidité et l'audace, une certaine fermeté d'âme, invincible et réfléchie et qui ne se propose d'autre but que rhonûêteté et l'équité.
En la définissant : « une certaine fermeté invincible d'âme », Gassendi la sépare à la fois et de la force purement physique qui peut être très grande et très lâche, et de la vanité fanfaronne qui semble devoir, au premier abord, tout braver, mais qui