‹ La philosophie de GassendiChapitre 141 sur 178 · Gass., II · texte numérisé non relu

Gass., II

pu OU n'ont pas voulu faire de contrats. » Qu'on n'en conclue pas que le droit et la justice ne sont point naturels, car rien n'est plus naturel que de rechercher son intérêt et d'établir des lois qui le sauvegardent.

Gassendi admet cette théorie, tout en faisant quelques restrictions cependant, au sujet du droit des Gens. Sans doute il n'existe point d'ordinaire de pacte entre toutes les nations, « néanmoins on peut dire, que ce commun précepte : Tu ne feras pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, doit être réputé comme la première loi naturelle, non seulement parce qu'il n'y a rien de plus naturel que la société et que la société ne pouvant subsister sans ce précepte, il doit aussi être censé naturel; mais parce que Dieu semble l'avoir imprimé dans le cœur de tous les hommes et que cette loi contient de telle manière toutcB les lois de la société que personne ne viole le droit d'autrui, que parce qu'il viole cette loi; ce qui fait qu'elle doit elle seule être considérée comme la règle de toutes les actions qui regardent le prochain *. » Il est du reste une règle excellente qui peut éclairer notre conduite et qui nous est fournie à la fois par la conscience et par la raison, c'est de nous mettre, par la pensée, à la place des autres et de nous demander ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous. La réponse qui nous sera faite incontinent sera plus éloquente que toutes les consultations subtiles des casuistes. Gassendi va même plus loin et ici sa doctrine s'écarte de plus en plus de celle d'Epieure : «Ajoutons, dit-il, que les saintes Écritures ont excellemment dit que ce n'est pas au juste que la loi est imposée; parce que celui qui est véritablement juste ne l'observe pas par la crainte des peines que les lois ordonnent, mais pour Vamour même de la justice et pour la vénération qu'il a pour elle, de façon que quand il n'y aurait ni lois, ni magistrats, il l'observerait toujours de môme*. » On s'explique mal, en lisant ces textes, les accusations sévères qu'on a si souvent portées contre la morale de Gassendi.

1. Gass., II, 797. Gassendi, comme on le voit, complète la théorie d'Aristote par celle de Cicéron en distinguant dans la justice la justice proprement dite et la bienfaisance (voy. plus loin, p. 278).

2. Cette règle de Gassendi ne nous fait-elle pas songer à celle de Kant et aux commentaires qui raccompagnent?» Agis toujours, nous dit Kant, de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. »

VI. — Gomme corollaire à son étude sur la justice, Gassendi nous dit un mot des principales vertus qui s'y rattachent *.

La première est la Religion, qui consiste à aimer et à honorer Dieu non seulement parce qu'il est souverainement parfait, mais aussi parce qu'il est souverainement bon et que sa Providence s'étend à toutes choses; elle consiste aussi à le prier, mais de telle sorte que nos prières, si elles étaient entendues de tout le monde, puissent être approuvées comme justes et légitimes. Le principal ennemi de la Religion est la superstition, qui vient d'dne fausse idée qu'on se fait de la divinité, idée qui nous porte à lui rendre un culte déraisonnable.

La piété est la religion de la famille : elle se rapporte à nos parents comme la religion se rapporte à Dieu. Les principaux devoirs qu'elle nous impose sont la sincérité, qui nous fait affirmer bien haut notre amour pour nos parents; Vobéissance, qui nous fait accepter sans murmurer leurs ordres et leurs conseils, lorsqu'ils ne sont pas contraires à l'honnêteté; la reconnaissance, qui nous fait leur venir en aide lorsqu'ils ont besoin de nos secours. — A la piété familiale ou filiale se rattache naturellement la piété patriotique, qui nous impose des devoirs non moins impérieux : c'est que la patrie est vraiment la mère commune et qu'à son existence et à son honneur nous devons sacrifier même notre intérêt, même l'intérêt de tous ceux qui nous sont chers.

Après Dieu, après la patrie et nos parents, nous devons respecter d'une manière plus spéciale ceux qui sont élevés au-dessus de nous soit par la dignité, soit par l'âge, soit par la sagesse. A la vertu qui nous prescrit ces nouveaux devoirs on donne ordinairement le nom d'observance.

Gassendi en terminant nous parle de l'amitié, de la bienfaisance, de la libéralité, de la gratitude et de la douceur qu'il considère comme des « annexes » de la justice : de V amitié, qui concerne toujours les devoirs entre égaux et entre personnes honnêtes; de la bienfaisance, qui nous oblige à aider de nos soins ceux qui sont dans la peine; de la libéralité, qui nous oblige à les aider de notre argent; de la gratitude, qui nous fait un devoir de ne point oublier les services reçus; de la douceur, qui nous rend bienveillants à tous. Enfin, il conclut en empruntant à Se»

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