Gass., m, 315 et sq
PREUVES DE l'existence DE DIfil} 281
Dieu nous est suggérée par cet ordre et cette harmouie^ ces deux preuves se peuvent réduire en une seule et se formuler ainsi :
Tous les esprits possèdent naturellement Tidée de Dieu ; cette idée n'est ni une fiction ni une invention des hommes^ mais bien le résultat d'un raisonnement en quelque sorte instinctif qui nous force, en présence de l'Univers, à lui supposer une cause intelligente et parfaite. Nier Dieu serait donc aller contre les données les plus aCQmatives de la raison et les instincts les plus profonds de notre nature. — Examinons quelle est la valeur de cette preuve.
On peut objecter d'abord qu'il est fort douteux que tous les hommes aient, comme on l'assure, quelque notion de la Divinité *. SU faut en croire Strabon, on aurait découvert en Egypte et en Ethiopie des peuples absolument privés de cette notion. En outre, ne savons-nous pas qu'il y a des athées tels que Diagoras, Hippon, Protagoras, Gritias, Prodicus, Evhémère, Euripide et Gallimaque? Cette croyance serait donc beaucoup moins universelle qu'on le prétend et nous ne saurions, par conséquent, soutenir que tous les esprits ont une connaissance naturelle de la Divinité : « quamdam Del impressam, ab ipsa natura, noti* tiam ».
Nous n'aurions rien à gagner à nier des faits dont il est impossible de contrôler l'exactitude. Mieux vaut donc, pense Gassendi, les tenir pour vrais et voir quelle conclusion on en peut légitimement tirer. De ce qu'il y a des hommes qui naissent sans ridée de Dieu; de ce qu'il y en a d'autres qui deviennent athées, de quel droit conclure que la généralité des esprits est dépourvue de toute anticipation ou notion naturelle de la divinité? Autant vaudrait conclure que nous sommes tous privés de la faculté de voir clair, parce qu'il existe des aveugles, ou bien encore, parce qu'il existe des gens mutilés et infirmes, que tout le mondQ leur ressemble '.
En second lieu, il est à remarquer, comme le fait Giceron, que l'âge détruit les opinions fausses alors qu'il affermit et confirme toutes celles qui sont vraies. Or, la croyance en Dieu n'est-elle pas aussi profonde de nos jours qu'elle l'a jamais été? Sans