Gass., I
doute nous ne nous faisons pas tous une même idée de la Divinité; sans doute entre Topinion d'Aristote qui considère Dieu comme un moteur immobile, un être parfait indifférent à son œuvre; celle d'Epicure qui n'accorde à Dieu aucune action sur rUnivers; celle des stoïciens qui font de la divinité Tâme même du monde et celle des philosophes plus nombreux qui nous représentent Dieu comme un être créateur, inteUigent et bon pour ce qu'il a créé, la différence est grande; néanmoins, il est aisé de reconnaître que toutes ces opinions reposent sur une même croyance fondamentale : la croyance à un Dieu. Tous leurs défenseurs reconnaissent que Dieu est, ils ne cessent d'être d'accord que quand il faut déterminer ce qu'il est '.
Nous devons donc admettre l'universalité de cette anticipation ; ne se pourrait-il pas maintenant qu'elle fût une simple fiction, une simple invention de l'esprit des hommes? — Suivant Euripide et Critias, l'idée de Dieu aurait été inventée par des législateurs et des sages habiles, pour inspirer aux hommes le respect des lois et leur faire pratiquer plus sûrement la vertu. — Explication ingénieuse, mais que le moindre examen renverse. Comment comprendre, dans cette hypothèse, que les législateurs aient eu cette idée ; comment comprendre surtout qu'ils aient pu la faire accepter du peuple? « Jamais le peuple, dit avec raison Gassendi, n'aurait accepté un tel enseignement s'il n'avait eu déjà quelque anticipation, quelque pressentiment de la divinité. » C'est la même réponse qu'il nous faut faire à ceux qui, comme Evhémère, prétendent que, pour les premiers hommes, les Dieux furent simplement soit des héros, soit des tyrans qui, abusant de leur autorité et de leur prestige, bénéficièrent de la crédulité publique, et à ceux qui soutiennent quecesontles choses utilesqu'ona primitivementdivinisées.Pour songeràse faire passer pour Dieu comme pour songer à diviniser les hommes ou les choses, il faut avoir déjà quelque idée de la divinité*
Gassendi examine une dernière objection : celle que dévelop-* peut Pétrone et Lucrèce * et qui fait dériver de la crainte l'idée de Dieu :
Primus in orbe Deos fecit timor, ardua cœlo Fulmina cum caderent.