Ibid., I
PREUVES DE l'existence DE DIEU 283
Comme les précédentes, cette objection n'est qu'un pur sophisme. Ce n'est point la crainte d'un danger, quel qu'il soit, qui fait naître l'opinion que nous avons de Dieu, c'est l'opinion que nous avons de Dieu qui nous inspire, au contraire, dans les dangers qui nous menacent, l'idée d'implorer son secours pour qu'il nous protège. Il est donc établi que tous les hommes ont une certaine anticipation ou prénotion de la divinité.
Il nous reste à examiner d'où vient cette anticipation et comment elle se forme dans l'esprit. L'explication de Gassendi est aussi originale que profonde; elle s'écarte à la fois d'un sensualisme exagéré et d'un rationalisme à outrance. Gassendi ne pense pas que l'idée de Dieu soit une idée première et innée que chacun apporte en naissant, mais il ne croit pas davantage que l'expérience seule suffise à la donner. Suivant lui, elle viendrait à la fois de l'esprit et des sens, et c'est dans une conciliation des deux doctrines précédentes qu'il faudrait chercher la vérité. En effet, on peut dire que l'anticipation de Dieu est créée en nous dès que l'esprit lui-même est créé, en ce sens que dans l'esprit il existe une certaine virtualité, une certaine aptitude à connaître Dieu et à en admettre texistence à la première occasion *, mais cette occasion est tout aussi nécessaire que l'aptitude même de l'esprit, et ce sont les sens qui nous la fournissent. Ce dernier point est admis non seulement par les philosophes qui comparent l'esprit à une table rase, mais encore par tous ceux qui, avec Platon, voient dans l'âme comme une parcelle de la divinité. D'une manière tout à fait générale, voici quelle marche suit l'esprit : tantôt il se représente simplement les objets qui ont fait impression sur les sens, tantôt il compare entre elles ses représentations différentes et s'en forme une conception nouvelle qui ne correspond plus à la réalité sensible. Dans le premier cas, l'anticipation est directe, spontanée et indépendante de la raison; dans le second, elle exige l'intervention du raisonnement; nous subissons Tune, nous construisons et faisons en quelque sorte l'autre. Il faut remar-
1. « DiceDdum hic superest quanam ratione ingeneretur hujusmodi anticipatio, ac prinium quidem, dici potest tum iagenerari, cum mens generatur, seu sit; quatenus est capacitas, seu aptitudo in mente, ut prima quaque occasione ad agnoscendum Deum, sive existentiam naturœ divinœ feratur. » (Gass., I, 292.)
quer, toutefois, que l'anticipation due au raisonnement et à un travail de comparaison plus ou moins compliqué peut présenter des caractères tout opposés. Elle peut être le résultat d'un travail libre et alors elle nous apparaît comme une simple fiction : telle est celle de chimère ou de montagne d'or; elle peut être aussi le résultat d'un raisonnement nécessaire, d'un travail naturel et qui s'impose : l'anticipation s'offre alors à nous comme l'expression d'une réalité à laquelle nous ne pouvons pas ne pas croire : telle est précisément l'anticipation de Dieu *.
Cette anticipation maintenant peut avoir sa source soit dans les récits qu'on nous fait, soit dans la vue des choses qui nous entourent. En entendant parler de Dieu comme d'un être su* prême, d'un maître, d'un ordonnateur qui gouverne le monde, — toutes expressions qui nous sont familières, — nous nous en faisons aussitôt une idée et nous croyons qu'il existe sur le témoi* gnage de celui qui nous l'affirme. Notre croyance a donc ici pour fondement une certaine anticipation par laquelle nous avons préjugé que l'homme qui nous parle est digne de foi.
Mais l'esprit peut aussi, sans être averti par personne, se former l'idée de Dieu, simplement à l'occasion de ce qu'il voit dans l'Univers. Frappé de l'harmonie des lois qui gouvernent le monde et de Tordre admirable qui se révèle surtout dans les êtres organisés, il se demande aussitôt quelle est la cause de cet ordre et de cette harmonie. — Invoquera-t-il le hasard ou la fortune? Mais ou ces mots n'ont aucun sens ou ils désignent des forces réelles et, dans ce dernier cas, ces forces ne peuvent être, d'après l'idée même que nous nous en faisons, qu'aveugles, inintelligentes, principes de confusion et de désordre, elles ne sauraient donc avoir produit l'univers. — Dira-t-on que le monde se suffit à lui-même et qu'il n'a besoin d'aucune cause supérieure qui en rende compte? Que vaut une telle assertion? Elle est d'abord indémontrable, car aucun témoignage ne nous instruit sur ce qu'a été le monde à l'origine ; elle est, ensuite, contraire à toutes les données de la raison et de l'expérience. De même qu'un Ëtat prospère suppose une personne qui le dirige; un navire bien conduit, un pilote; n |W[^MPVfi4Mt un architecte ; de même, l'univers c" * HHHBVttiMMEe et mieux
i. Gas8., I, 293.
ordomif- snpri^ m. ordaunaîânr sunrftmr , T \ 4i pUîf 4; iDéme gut xonie cnose crrdtiimfîe. maïf an: nt: > «i: ï^ft< oTNii-^nurî eik-ménH:. -es: dsuncif' an mincine Taisonnahlf o; is»^ oav bannonifisissifteni ^o. h àkpost i^ tUETiif^ «k mfjaoi Iliea. doi; être disimc;: du monâe: ajontonf qnf swi- il doi: i^xiîit^T ivv lu: même. nécâBsuremen-. «: àt toute étemîte. t^: ow ^'r^: pu: Bieii. an eantiam. gcVYJsie !TTiivCT!5 <it uwî «: qui: Tw^fi^mw. Ansi €s4-ce avec laisoL que lûiftc «st apneie : ^. ^ai«sr pn^wièiv . premifir moi^iir. source ôf- ton: être ^ d^ Uuitr jwrfwaion, ^Iro sDprémf : tomcF appellation^ qui dtsisiteni qttfàqn(^^un< <1^ ispecis son^ ifi&gnek no13^ pouTon^ le concevoir . ^
I^ons sommcE. conmif ol k T-oh. conduit* îi I anliriT^tior. dir Bien et à ifi croyance à T^an ^exisitoine par un travuil naUiT^^ de respriL qui «st dirisKr par ce principe t^iouvent ciU' pur i%ii^sendi que c tout ordre suppose un ordonnateur >^, o« qiu^lîjiî^ autre prinGq>e anak^ne sai^ iequel tout raisonnomoni :>^T^aU impossiiïie.
A quoi donc, en définitive, se ramène w4tr preuw que f»a^sendi développe lonrroement ? A la description mèmr du procédé par lequel J'intellisence, sons l'impulsion irrèsistibJr d^ ^«tji lois- «'élève à J idée de la dirinité. Elle Taut w* qxic valant r^>5t loië elle&-iném^. £xi5le-l-il réellement quelque autrt' dciDon:^ tration plus condnanle ?
IL — !Nous saTou£ que Dieu est, pouvons-nous au^si <ï(^î^monl dire ce qu'il est? Ga^endi. sur ce point, n'est ^cre cloi^rnc d^ penser comme Simonide qui. interrogé par le tjTan Hicron^ sur la nature de Dieu, demanda un jour pour préparer s« rr^p<Mise ; puis, le lendemain venu, en demanda deux, puis trois.., H finalement déelara que plus il y jiensait, plus il trouvail la ch«'KW obseore. CeUe opinion n'est-elle pas celle des plus fm^nd^ i>hiloiOfAhes, celle des Pères de l'Église eux-mêmes, qui i^voww^t q«e Dieu est incompréhensible? Cest que si la oonnaissanoo do VdÊSbL naos permet d'affirmer avec certitude roxistenco de 1^ 5, eUe ne nous révèle pas aussi clairement quelle e^l ooUo en elle-même.
Cette ineompréhensibilité de Dieu tient d'ailleurs à plu5;ieur«
raisons ' : à la faiblesse de notre esprit, d'abord, et à la grandeur de Dieu; il n'y a qu'un être inUni qui puisse comprendre l'Être infini. Le regard de notre iateltigence est comme celui de notre corps : une lumière trop éclatante le trouble et l'éblouit. — Elle tient, en outre, à ce que notre entendement ne peut rien concevoir qui ne soit comme voilé par quelque représentation sensible, d'où la difficulté de décbirer ce voile pour nous faire une idée précise de la réalité qu'il nous dérobe, tout en noua la faisant supposer.
Le seul moyen que nous ayons d'arriver à un résultat sérieux est celui-là même qui nous a permis de prouver l'existence de Dieu : c'est-à-dire la description du travail naturel qu'accomplit notre intelligence en obéissant à ses lois. Or, c'est précisément ce moyen qu'emploie Gassendi : Dieu, dit-il, est conçu par l'intelligence comme la raison de toutes choses, partant comme la perfection même; elle lui refusera donc toutes les qualités relatives qu'elle aperçoit dans les cboses et qui ne sont en réalité que des imperfections, et elle lui attribuera toutes les perfections véritables qu'elle conçoit, en les portant à leur plus haut degré \ Dans le premier cas, elle nous dira surtout ce que Dieu n'est pas, dans le second plus particulièrement ce qu'il est.
La première de ces deux méthodes permet à Gassendi d'écarter plusieurs hypothèses dangereuses et qui tendent à fausser l'idée que nous avons de la Divinité. Ainsi, il est évident que Dieu ne saurait être, comme le croit le physicien Straton, dépourvu de sentiment et d'intelligence. Comment, en effet, admettre qu'une cause, insensible et aveugle, ait pu produire une œuvre aussi admirable que le monde? — Il est évident, en second lieu, que Dieu ne peut pas être, comme le pensaient Diogèoe d'Apollonie et Parménide, l'ensemble même des choses, une sorte de principe complexe, à la fois intelligent et corporel, car, dans ce caa, toutes les vicissitudes des êtres atteindraient Dieu lui-même et il souffrirait de nos souffrances. Tout autre était l'opinion de