Gass., I
Thomas. — Gassendi. 11)
2il0 THÉOLOGIE NATURELLE
Nous concevons l'immensité par comparaison avec l'espace qui est aussi immense à sa manière, Jorsqu'en réalité elle est sans rapport avec lui. Nous devrions plutôt la concevoir par comparaison avec la blancheur, la douceur * et autres qualités semblables qu'on mesure, non par le lieu qu'elles occupent, mais d'après le degré d'intensité qu'elles présentent. Ainsi, bien que nous disions que Dieu est partout, c'est-à-dire en tout lieu, nous pourrions dire plus exactement qu'il est en lui-même; de telle sorte que sa présence à tout l'espace n'est qu'une conséquence de cette diffusion intime et personnelle en lui-même, s'il est permis de s'exprimer ainsi : « Cum illa yelut diffusio, qua omni loco praesens sit, tantum quidpiam consequens ad illam velut diffusionem, quam habet prius in se ipso. »
Dieu est Éternel, c'est-à-dire qu'il n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin. Pour le prouver, Gassendi examine les différentes hypothèses qui peuvent être faites à ce sujet et qui se ramènent aux trois suivantes * : ou Dieu a été créé par un autre être; alors il est dépendant et imparfait : dans ce cas, c'est l'être qui l'a créé qui est véritablement Dieu; ou bien Dieu s'est créé lui-même : mais comment concevoir cette création? Pour qu'il ait été créé, il faut qu'il n'ait pas été; pour qu'il ait pu se créer, il faut qu'il ait existé. La contradiction est manifeste. Dira-t-on que Dieu ne s'est pas précisément créé, mais qu'il est né en quelque sorte soudainement? Soit, mais alors on sera inintelligible pour soi-même et pour les autres. Reste la troisième hypothèse, qui est seule claire et précise, c'est que Dieu est Eternel, — Nous pouvons dire, pour les mêmes raisons, qu'il est Immuable : « car tout changement implique le passage de l'être au non-être ou du non-être à l'être », ce qui ne saurait convenir à un être parfait. Concluons donc que Dieu existe par lui-même et nécessairement; que nécessairement il a toujours été et sera toujours. Aussi, dit-on, avec raison, qu'il est acte pur ; que tous ses attributs , toutes ses perfections ont existé de tout temps, telles qu'elles sont et non pas seulement en puissance. C'est dans ce sens que nous avons défini l'Éternité « la possession d'une vie sans limite, possession