‹ La philosophie de GassendiChapitre 155 sur 178 · Gass., I · texte numérisé non relu

Gass., I

2. Voir Lucrèce, liv. V. Epie, apiid Lactanlhnn, liv. VII, cap. v.

U—iAikM^

de remarquer qu'elles sont singulièrement accrues par notre incurie et notre paresse ; en outre, Dieu n'a-t-il pas mis à notre disposition mille moyens de les surmonter? N'oublions pas, enfin, que le travail qui nous est imposé, lorsqu'il cesse d'être un plaisir, constitue précisément notre mérite et nous donne droit à une récompense future. Ces critiques dirigées plus spécialement contre Epicure et ses disciples n'ont rien perdu de leur force aujourd'hui et les adversaires du pessimisme contemporain n'y ont guère ajouté d'arguments nouveaux *.

V. — Reste le troisième problème que nous avons énoncé : celui de la Providence divine. La Providence, nous dit Gassendi, peut être considérée à deux points de vue différents : comme le soin que Dieu prend du monde en général, et comme le soin qu'il prend de l'homme. Quelles difficultés soulève-t-elle dans les deux cas?

La première difficulté signalée par Epicure et mise surtout en relief par Lucien et par Lucrèce viendrait de l'incompatibilité de la providence avec la félicité et la perfection divines. Cette difficulté, nous l'avons plusieurs fois rencontrée déjà. Conçoit-on ^ nous disent ces philosophes, que Dieu s'occupe de tous les événements qui se produisent dans l'univers sans que son bonheur et sa tranquillité en soient troublés? Conçoit-on que lui, qui est la perfection même, s'abaisse à des détails aussi infimes et veuille savoir, par exemple, le nombre des insectes qui naissent et des poissons qui sont dans la mer?

D'ailleurs, est-ce que tout dans le monde ne se produit pas absolument comme s'il n'y avait pas de providence ? Parmi les choses, les unes sont dues au hasard; les autres, celles qui sont soumises à un ordre régulier, s'expliquent suffisamment par leurs causes. Il en est de l'univers et des parties qui le composent, comme d'une république ou d'une armée dont tous les citoyens ou tous les soldats connaîtraient très bien le rôle qu'ils ont à remplir et qui, dès lors, n'auraient aucunement besoin d'un chef qui les dirige *. — Entre la Répubhque du monde et

Page 1