‹ La philosophie de GassendiChapitre 156 sur 178 · Gass., I, 313 et sq · texte numérisé non relu

Gass., I, 313 et sq

2. « Videtur proinde Epicurus habuisse hune mundum, ut rempublicam aliquam in qua cives omnes edocti sua munia, illa absque moderatore, consilioVe illo generali exsequantur. » (Gass., I, p. 321.)

celle des hommes s'il existe une différence, elle vient de la raison dont les hommes seuls sont doués et qui entraîne des fluctuations incessantes que les autres forces ignorent.

Enfin, dans l'hypothèse où se placent les défenseurs de la Providence, comment expliquer la multitude des faits qui révoltent la raison? Comment se fait-il que la foudre frappe les innocents et qu'elle détruise les temples? Gomment se fait-il que la pluie tombe dans la mer où elle est inutile, et laisse souffrir les moissons qui la réclament? La Providence est donc contraire et à ridée que nous nous faisons de Dieu et aux faits que nous montre l'expérience *.

S'appuyant sur les résultats obtenus par ses précédentes analyses, Gassendi s'efforce de prouver que ces objections tombent au contraire d'elles-mêmes, dès qu'on se fait une notion exacte de la divinité et qu'on sait comprendre le spectacle de Tunivers.

Examinons d'abord l'idée que nous nous faisons de Dieu. La raison qui nous prouve que Dieu existe nous prouve également qu'il possède toutes les perfections. Admettre qu'il lui en manque une seule, serait admettre que nous pouvons concevoir un être plus parfait que le Dieu réel lui-même, ce qui est absurde et impie *. Or, pouvoir prendre soin de l'univers et en être la providence est assurément une perfection : donc Dieu la possède.

Il y a plus. Dieu, avons-nous dit, est sage, tout-puissant et très bon. Si Dieu est sage et intelligent, il connaît non seulement ce qui existe, mais de quelle manière ce qui existe peut être le mieux ordonné et administré; s'il est tout-puissant, rien ne peut entraver ou limiter son action ; s'il est bon, il ne peut rester enfermé en lui-même et jouir seul de ses perfections; par conséquent, lui refuser la providence ce serait en même temps lui refuser toutes les qualités qui précèdent. A quoi reconnaîtrons-nous, en effet, la sagesse de Dieu s'il n'intervient pas dans

Page 1