‹ La philosophie de GassendiChapitre 157 sur 178 · Gass., I, 32t · texte numérisé non relu

Gass., I, 32t

2. « Constat satis fieri non posse, ut Deum esse intelligamus, cui desit aliqua perfeclio. Quippe id poli us foret Deus, cui ea perfectio Iribueretur; et quamvis dicas fieri posse, ut concepta perfectio nulli rei conveniat; saltem quia mens nostra cogitare potest aliquam naturam cujus perfectio propria sit; cogitaremus ergo naturam, quœ esset divina perfectior, quod et absurdum, et nefas est. » (Gass., II, 323.)

l'univers? Si son intelligence est purement contemplative, elle est inférieure à celle dont la connaissance est suivie d'action, par suite imparfaite. Si sa puissance est étrangère à l'activité qui est dans les choses, nous ne saurions la dire infinie. Si, enfin, connaissant le bien et pouvant le réaliser il ne le fait pas, c'est qu'il ne possède point la véritable bonté *.

Dieu, en outre, ayant créé le monde, comme nous l'avons prouvé, il est naturel qu'il s'occupe de son œuvre. Dira-t-on que cela est indigne de lui? Mais en quoi ce soin serait-il plus indigne de sa perfection que celui qu'il a pris de tout créer? — On pourrait admettre, il est vrai, que le monde a été créé par Dieu de telle sorte qu'il n'ait plus besoin de son concours. Mais Gassendi répond « que le monde n'existant pas par lui-même et n'étant rien en dehors de l'action qui l'a tiré du néant, il ne serait pas possible qu'il ne retourne point au néant, s'il n'était soutenu par la force qui, à l'origine, l'a fait quelque chose. Il ne dépend pas moins de son auteur que la lumière ne dépend du soleil : de même que la lumière ne saurait durer privée du foyer d'où elle est partie, de même le monde ne saurait subsister privé de Dieu. Il y a des choses, sans doute, qui peuvent continuer d'être sans leurs causes; c'est qu'alors ces causes diffèrent de celles qui précèdent : leur action se borne à modifier une matière préexistante et à en régler l'énergie de telle sorte qu'une modification nouvelle apparaisse. Mais comment le monde qui n'est rien sans Dieu, rien par lui-même, pourrait-il subsister privé de son assistance? Dieu comme cause du monde doit être comparé au soleil considéré comme cause de la lumière : de même que la lumière s'éteindrait dans l'espace si le soleil cessait de l'alimenter, de même le monde retomberait dans le néant si Dieu cessait de le soutenir de sa main protectrice *. »

A posteriori, la Providence de Dieu est non moins facile à établir. A plusieurs reprises Gassendi a parlé de l'ordre et de l'harmonie de l'univers; il répète ici que cet ordre et cette harmonie ne se peuvent concevoir sans un ordonnateur. Aux chefsd'œuvre qui nous entourent il faut un architecte; au corps, il faut une âme; à l'univers, il faut un Dieu-Providence. Dira-t-on

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