Gass., I
que tout cela est dû à la seule nature? Mais alors il faudra reconnaître que Tordre qui existe entre les parties du monde, que leur adaptation à des fins incontestables, prouvent que cette nature est divine. — Gassendi étudie de plus près cependant les objections d'Epicure * : Le soin du inonde, nous dit Epicure, troublerait la félicité divine. — Pour qu'il en fût ainsi, répond Gassendi, il faudrait que Dieu ressemblât à l'homme et fût imparfait comme lui; or, nous avons montré quelle distance infinie les sépare. — Au reste ce qu'Epieure ne remarque point, c'est que l'homme lui-même prend plaisir à développer son activité conformément à sa nature ; pourquoi Dieu ne serait-il pas heureux aussi en développant, de même, toutes ses facultés? Ne savonsnous pas encore que certains travaux qui fatiguent les débutants, récréent les ouvriers experts? Dieu étant l'activité parfaite et ne pouvant rencontrer d'obstacle, ne saurait donc éprouver aucune peine, en agissant. Enfin, quelle plus grande joie que d'aider les autres et de leur faire du bien? Si le soleil peut réchauffer de ses rayons, sans fatigue et sans ennui, tous les êtres qui naissent; pourquoi Dieu, soleil invisible, ne pourrait-il prendre soin, sans ennui et sans peine, de tout ce qui existe? Remarquons d'ailleurs ce qui se passe dans l'être vivant : l'àme veille à tous les éléments qui composent le corps et il n'en est pas un, quelque petit qu'il soit, qu'elle ne nourrisse et ne dirige et cependant nulle occupation ne paraît moins pénible ni plus naturelle. Il en est de même de l'action de Dieu sur le monde, bien que Dieu n'en soit point l'âme proprement dite, — Mais cela est indigne de sa perfection? Nous avons répondu déjà à cette objection; ajoutons simplement ici que certaines choses peuvent nous paraître viles et indignes qui ne le sont point au regard de Dieu, qui en connaît mieux la valeur.
La seconde objection d'Epicure, c'est que tout se produit soit par hasard, soit naturellement : mais que signifie ce mot de hasard, sinon l'ignorance où nous sommes des véritables causes des événements? Ce qui nous apparaît comme étant sans ordre et sans dessein, peut trouver sa raison d'être dans un plan plus général que l'intelligence seule de Dieu connaît. Combien d'événements peuvent se produire soit dans un État, soit dans une