Gass., II
armée que le vulgaire attribue au hasard et qui, cependant, ont été prévus et voulus par les chefs.
L'explication que donne Epicure de toutes les choses qu'on ne peut attribuer au hasard n'est guère plus acceptable. Il admet que tout arrive naturellement, que dans Tunivers chaque partie remplit son rôle et obéit à ses lois sans qu'il soit utile d'un principe supérieur qui les dirige; mais ce dont il faut rendre compte c'est de l'intelligence même de chacune de ces parties. Comment se fait-il qu'elles soient si bien instruites, qu'elles, concourent à produire un ensemble si merveilleux? Ne faudra-t-il pas supposer une force infiniment sage qui ait pris soin de les diriger? — On répond alors qu'on ne conçoit plus les effets aveugles de la foudre et les maux qui accablent les hommes honnêtes. A cette dernière objection, Gassendi oppose les considérations suivantes : « Bien qu'on accorde à Dieu l'empire sur toutes choses, on ne nie cependant pas Texistence des causes qu'il a créées et qu'il laisse agir. Sa providence est générale et il permet à la nature de suivre le cours qu'il lui a tracé. Aussi, lorsque tombe la foudre ou lorsque se produit quelque autre événement qui nous étonne, ne devons-nous pas considérer Dieu comme en étant la cause unique et nier l'intervention de toute autre cause naturelle ; il faut simplement supposer qu'il est la cause générale de ce fait comme de tous les autres, et rechercher en même temps quelle en est la cause particulière : si nous ne la découvrons pas, il n'en faut accuser que la faiblesse de notre esprit ^ » En résumé tout désordre apparent s'explique par Tordre universel, que nous ne pouvons exactement concevoir.
VI. — L'olîjection qui précède devient plus précise quand elle est dirigée contre la Providence particulière. Comment expliquer les maux qui nous accablent, s'il est vrai que Dieu prend soin de l'homme et a créé pour lui l'univers?
Epicure appuie cette objection sur les arguments les plus spécieux ^ : Et d'abord, nous dit-il, Dieu ne peut pas ne pas rester indifférent aux préoccupations et au sort des hommes, car tout sentiment de bienveillance, de colère ou d'indignation est une