‹ La philosophie de GassendiChapitre 160 sur 178 · Gass., I · texte numérisé non relu

Gass., I

preuve de faiblesse. Nous n'avons du reste aucune raison de croire qu'il se laisse fléchir par nos prières. Que prouvent, en effet, tous les ex-voto des fidèles? Que leurs désirs se sont réalisés, non que Dieu les a exaucés. Qu'on leur oppose tous les souhaits qui n'ont pas été entendus et Ton verra combien ils sont plus nombreux!

En second lieu, si Dieu a tout fait pour nous, pourquoi donc a-t-il prodigué à nos côtés et les animaux dangereux et les poisons qui nous nuisent? Pourquoi a-t-il créé l'enfant si faible, tandis qu'il donne à l'animal le pouvoir de se suffire à lui-même presque en naissant?

Pourquoi enOn, ces maux qui accablent l'homme de bien? Pourquoi ces richesses et ces honneurs qui vont au contraire au coupable? La souffrance de l'homme de bien est inexplicable, car, ou Dieu veut la supprimer, sans le pouvoir; ou il le peut, sans le vouloir; ou il ne le peut ni ne le veut; alors, dans le premier cas, il n'est point tout-puissant, par conséquent il n'est point Dieu; dans le second, il est jaloux, ce qui est inconciliable avec sa perfection ; dans le troisième, il est en même temps jaloux et impuissant, ce qui est inadmissible. D'où vient donc le mal? Pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas? Le mieux est de refuser à Dieu toute action directe sur le monde et de ne pas le rendre responsable de l'injustice.

Avant d'énumérer ainsi, comme à plaisir, tous nos prétendus griefs contre la Providence, il faudrait, nous dit Gassendi, signaler au moins les raisons qui nous portent à l'admettre.

Or, a priori^ du moment que nous reconnaissons la providence générale, ne sommes-nous pas obligés d'admettre également la providence particulière *? Si Dieu prend soin du monde, n'est-il pas naturel qu'il prenne aussi soin de l'homme, le plus parfait des êtres créés, celui qui peut entrer avec lui en communion étroite par la raison? Nest-il pas naturel encore qu'il ait créé le monde en vue de Thomme, puisqu'à l'homme seul il a donné la faculté de connaître son œuvre et d'en apprécier la beauté?

Le témoignage de la conscience * confirme ici celui de la raison. Chacun de nous n'a qu'à se consulter lui-même et il décou-

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