‹ La philosophie de GassendiChapitre 161 sur 178 · An adjiciam tacitvm sensum » (I · texte numérisé non relu

An adjiciam tacitvm sensum » (I

vrira en lui une foi secrète dans la providence divine. De là les prières que nous adressons à Dieu et nos invocations, surtout dans le malheur. Et qu'on ne prétende pas que Dieu ne peut les écouter sans être troublé dans sa félicité : ce serait d'un anthropomorphisme grossier. Dieu infiniment juste et bon peut, sans qu'il lui en coûte, multiplier infiniment ses bienfaits.

S'il permet que nous fassions le mal *, c'est qu'il respecte notre liberté; mais, tout en nous laissant libres, est-ce qu'il ne nous porte pas continuellement au bien? Il agit avec nous, comme un bon père agit avec ses enfants lorsqu'il leur permet de jouer à leur guise : ce qu'il veut c'est qu'ils se conduisent noblement, mais pour les y engager il leur promet des récompenses ou des châtiments. Parfois, il est vrai, nous devons lutter beaucoup, mais n'est-ce pas encore Dieu qui nous donne la prudence et la force nécessaires pour triompher? — Sans doute, mais que de fois nous sommes impuissants à surmonter l'adversité ! — Ces épreuves, répond Gassendi, ne seraient inexplicables que si Fhomme n'était pas immortel!

Pour expliquer maintenant le bonheur dont jouit l'homme vicieux, il suffît de remarquer que le bien du méchant n'est pas un bien véritable, car il est toujours troublé par la crainte ; la méchanceté a toujours pour compagne le remords *. Il n'y a de vrai bien que la vertu ou ce qui est. tempéré par la vertu : celui-là seul est pur et sans mélange. Ceux qui en sont privés, quelque nombreux que soient leurs autres biens, ne sont donc jamais heureux. Savons-nous, en outre, quels motifs ont porté Dieu à agir de la sorte envers les méchants? Peut-être est-ce là un moyen de les ramener à lui ; peut-être est-ce un moyen aussi de nous rendre plus méritants, en nous fournissant l'occasion d'exercer notre vertu?

Quant aux maux qui accablent l'homme de bien, on les exagère souvent comme à plaisir. On oublie que ce qui est un mal pour nous n'en est souvent pas un pour l'homme vertueux. Soumis à la volonté divine, il accepte toutes les épreuves avec calme. « Son esprit, comme le sommet de la montagne, voit

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