‹ La philosophie de GassendiChapitre 163 sur 178 · Janet et Séailles · texte numérisé non relu

Janet et Séailles

3. Tous ceux qui ont étudié de près Gassendi sont unanimes à reconnaître les services qu'il a rendus à Thistoire de la philosophie. « Il est très remarquable,écritBernier, que, lorsque Gassendi rapporte les diverses opinions des anciens et des modernes, il le fait avec tant de clarté et de netteté, que ces opinions se trouvent chez lui beaucoup plus intelligibles que dans les auteurs mômes, de façon qu'on peut dire que, quand les Platon, les Aristote, Plutarque, Pline, Sénèque, Cicéron et les autres périraient, les ouvrages de Gassendi nous demeurant, rien de ce qui est contenu de philosophie dans ces auteurs ne périrait. » (Dernier, tome J, préface.) Leibnitz était de l'avis de Dernier : « Je trouve Gassendi, dit-il, d'un

La conclusion à laquelle il fut conduit par cet examen critique, conclusion qui est également celle de Leibniz, c*est que les doctrines des philosophes sont beaucoup moins opposées que parfois on le pense : « Chose capitale, nous dit-il, je vois parfaitement, si je ne suis pas le jouet de Terreur, que ces grands hommes sont bien plus d'accord entre eux qu'on ne le croit d'ordinaire. Ils ne diffèrent, le plus souvent, que par les mots dont ils se servent; mais quant aux pensées elles-mêmes, l'harmonie est très grande sur les points les plus graves et les plus remarquables. Gela est étonnant; mais ou je suis dans une complète illusion, ou pour ce qui regarde les principes des choses, la définition des biens, la nature de l'âme, et les autres doctrines sur lesquelles on les croit principalement de sentiments opposés, ils s'entendent presque et même entièrement *. » — De là récleetisme de toute la philosophie de Gassendi, éclectisme que tous ses historiens ont bien mis en lumière *, mais sur le vrai caractère duquel il ne faut point se méprendre : Gassendi est éclectique sans doute, mais simplement comme l'était Leibniz, comme l'était, dans un autre ordre d'idées , Molière, son plus illustre disciple, comme le sont tous ceux qui recherchent sincèrement la vérité et croient qu'il est permis de la reconnaître partout où elle se trouve.

Une autre source, plus féconde encore, à laquelle puise abondamment Gassendi est l'expérience. Il avait reproché aux disciples d'Aristote de ne pas assez observer par eux-mêmes et de trop peu tenir compte des découvertes de la science, il ne faut pas que pareil reproche lui puisse être adressé : de là les voyages, les nombreuses expériences qu'il entreprend et auxquelles il consacre une partie de sa vie; « pour posséder les connaissances variées dont il doit tirer ses importantes déductions, écrit un de ses biographes ^, il faudra qu'il devienne antiquaire, botaniste, anatomiste, astronome, géomètre, physicien, métaphysicien, helléniste, hébraïsant : il sera tout cela. » Ses déclarations d'ailsavoir grand et étendu, très versé dans la lecture des anciens et dans tout genre d'érudition. » Consult. également Bayle, Dict,, t. II, p. 364; Brucker, t. VI, p. 769, etc.

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