DES IDÉES
L'anatomie, la chimie, l'analyse patiente en un mot, en nous montrant les choses jusque dans leurs plus petits détails sont donc de la plus grande utilité pour la formation des connaissances exactes et précises. Quant à l'idée générale, elle est d'autant plus complète et instructive qu'elle représente plus fidèlement « ce en quoi les singuliers conviennent ». Ainsi l'idée d'homme qui éveille simplement dans l'esprit celle d'Européens, d'Asiatiques, d'Américains et d'Africains est moins complète et moins parfaite que celle qui éveille l'idée non seulement des peuples précédents, mais encore de tous les autres que les explorateurs ont découverts. — De même encore, si l'idée d'homme nous fait uniquement songer à la race blanche, elle est moins instructive que si elle nous fait songer aux hommes de différentes couleurs qui peuplent le globe. Il faut donc veiller à ce que nos idées générales désignent simplement les caractères communs à toute une classe d'individus, abstraction faite de leurs différences.
Pour se mettre en garde contre les idées fausses, il importe, en premier lieu, de ne point oublier quelle en est la source. Celles qui viennent de notre expérience s'imposent sans doute avec une autorité toute particulière; cependant, même celles-là doivent être contrôlées avec soin ; ne savons-nous pas à quelles illusions les sens nous exposent et quelle influence exercent sur nous le tempérament, la passion^ la coutume et les préjugés? Il faut n'avoir d'autre préoccupation que celle de la vérité, la rechercher avec un désintéressement absolu et n'affinner, comme nous l'avons dit déjà, que quand nous ne pouvons plus contredire. Lorsque nos idées viennent non plus de notre expérience, mais de l'enseignement ; lorsqu'elles désignent des objets qu'on nous a décrits ou des faits dont on nous a parlé, roais que nous n'avons point vérifiés nous-mêmes, nous sommes obligés à plus de circonspection encore, car les hommes sont souvent dupes de l'autorité ou du talent de celui qui leur parle. La règle à suivre ici est celle que nous donne Épicharme : Nervos et artus.sapientiœ, nihil temere credere.
Enfin le dernier écueil contre lequel il faut se prémunir est dans le langage. La plupart des sophismes qui nous trompent viennent en effet de l'ambiguïté des termes, de l'hyperbole et des manières de parler figurées dont on abuse.
Lorsque nous avons des choses des idées nettes et complètes,
il est facile de les définir et de les diviser. La définition vraiment scientifique est celle qui se fait par le genre prochain et la différence spécifique. Nous définirons' Thomme, par exemple, un animal raisonnable. Par le premier de ces mots nous indiquons la classe prochaine à laquelle il appartient, partant les caractères généraux qu'il possède; par le second, nous désignons le caractère qui lui convient en propre et le distingue de tous les autres êtres de la même espèce. Dire de l'homme qu'il est « un être raisonnable » ou « un animal qui rit » serait pécher contre cette règle et en donner^une définition incomplète qui ne s'appliquerait pas uniquement à l'objet défini.
Par la division, nous décomposons un genre en ses différentes espèces, ou un tout en ses différentes parties ou adjoints. Si nous avons de l'objet à diviser une idée claire, nous en énumérerons les éléments divers d'une manière méthodique et graduée, d'après leur ordre d'importance, sans commettre aucun oubli. Par suite, nous connaîtrons les relations intimes ou éloignées que les choses ont entre elles et c'est précisément en cela que consiste la science.
IV. — Par la proposition, nous n'imaginons plus simplement les choses, nous les jugeons, c'est-à-dire affirmons, après les avoir comparées, qu'elles se conviennent ou ne se conviennent pas : dans le premier cas, la proposition est dite affirmative; négative, dans le second.
Toute proposition implique trois termes : le sujet, le verbe et l'attribut; lorsqu'elle ne renferme qu'un seul sujet et un seul attribut, elle est simple; elle est composée, lorsqu'elle en renferme plusieurs. A la suite des autres logiciens, Gassendi énumère, définit et analyse les autres espèces de propositions qu'on peut distinguer : les propositions conditionnelles, ansïlogiques, disjonctives, modales, générales, particulières, contraires, contradictoires, répugnantes, réciproques; — toutefois, la seule division à laquelle il semble attacher de l'importance est celle des propositions en propositions vraies, fausses et probables, et toutes les règles qu'il donne tendent à bien faire distinguer les unes des autres. Voici les principales.
Une proposition est vraie ou fausse suivant que l'attribut vient ou ne convient pas[au sujet. Or, quand l'attribat