‹ La philosophie de GassendiChapitre 19 sur 178 · DU SYLLOGISME · texte numérisé non relu

DU SYLLOGISME

conclusion des syllogismes de la première figure est toujours affirmative; celle des syllogismes de la seconde figure est toujours négative. Soit l'exemple précédent : Si homme est compris dans le genre animal; animal dans le genre vivant, homme est nécessairement compris dans le genre vivant : par conséquent, l'attribut vivant convient à homme. Supposons, au contraire, que les deux extrêmes soient homme et pierre, le moyen terme restant le même : homme convient bien à animal ; mais animal et pierre se repoussent, donc l'attribut pierre ne peut convenir au sujet homme. — La force de ces conclusions découle de ces deux principes : « Ce qui est conjoint à quelque chose est aussi conjoint avec ce qui est conjoint h cette chose; ou encore : ce qui est dans le contenu est dans le contenant » et : «ce qui est conjoint à quelque chose est disjoint de ce dont cette chose est disjointe; ou bien : ce qui est exclu du contenu est 6xclu du contenant )>.

De ce qui précède il résulte en outre que de deux prémisses négatives on ne peut rien conclure, car si le moyen ne convient à aucun des extrêmes, comment savoir si ces extrêmes se conviennent entre eux?

Si nous considérons maintenant non plus la qualité des propositions, mais leur quantité, nous pourrons distinguer dans chaque figure trois modes concluants : Tun général, l'autre particulier, l'autre mixte. Le mode est général lorsque les trois propositions du syllogisme sont générales; il est particulier, si elles sont particulières; mixte, si deux sont particulières et une seule générale. Il est à remarquer qu'il ne saurait y avoir de ûiode mixte composé de deux propositions générales et d'une proposition particulière, car de trois choses Tune : ou bien les <leux prémisses sont générales et alors la conclusion l'est aussi nécessairement; ou bien l'une d'entre elles est générale, l'autre particulière, et la conclusion est nécessairement particulière en vertu de cette règle : Conclusio semper sequiiur debiliorem P(irtem, Enfin admettons que les deux prémisses soient particulières : dans ce cas, non seulement la conclusion ne saurait être générale, mais il n'y a pas de conclusion du tout, car de deux prémisses particulières on ne peut rien conclure, non plus que de deux prémisses négatives. Il faut que le moyen terme soit pris ^n moins une fois universellement. Nous aurons donc trois modes

concluants pour la première figure et trois modes concluants pour la seconde. Comme contre-épreuve et justification de cette théorie simplifiée, Gassendi expose celle d'Aristote et s'efforce de prouver comment les vingt et un modes concluants qu'énumèrent ses disciples se ramènent, en définitive, aux six dont nous venons de parler.

Bien que nous nous soyons exclusivement occupés jusqu'ici du syllogisme simple et absolu, Texplication générale que nous en avons tirée s'applique également à tous les autres syllogismes possibles. Ventàymème, n'étant qu'un syllogisme abrégé, appartient évidemment à la première ou à la seconde figure, suivant qu'il est affîrmatif ou négatif. La gradation, au contraire, qui se compose d'une série de propositions affirmatives enchaînées de telle sorte que l'attribut de la première devient sujet de la seconde, l'attribut de la seconde sujet de la troisième et ainsi de suite, appartient toujours à la première figure. L'induction formelle qui consiste à affirmer du tout ce qu'on a affirmé de chacune de ses parties tient à la fois de l'enthymème et de la gradation : de l'enthymème en ce qu'elle sous-entend une proposition; de la gradation, en ce qu'elle se compose d'une série de propositions en quelque sorte collatérales. Par exemple : Tous les animaux qui marchent, tous ceux qui volent, tous ceux qui nagent vivent; sont également vivants les reptiles et les zoophytes ; donc tout animal vit. La proposition sous-entendue ici est : Tout animal ou marche, ou vole, ou nage; ou est reptile, ou estzoophyte. Ce raisonnement se range également dans la première ou dans la seconde figure, puisqu'il peut conclure affirmativement ou négativement. On pourrait faire les mêmes remarques à propos des syllogismes analogiques, hypothétiques ou disjonctifs.

Après avoir ainsi étudié le syllogisme en lui-même, au point de vue de son mécanisme et de son fonctionnement régulier, si nous le considérons au point de vue des garanties qu'il présente comme instrument de connaissance, en tant qu'il correspond ou non à la réalité même des choses, nous voyons qu'il peut être appelé, suivant les cas : vrai, faux, vraisemblable ou persuasif.

Est vrai, démonstratif et scientifique celui dont les prémisses sont nécessaires et évidemment vraies.

Est faux, au contraire, celui dont les prémisses sont fausses, bien que la conclusion en soit régulièrement tirée.

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