‹ La philosophie de GassendiChapitre 20 sur 178 · DU SYLLOGISME · texte numérisé non relu

DU SYLLOGISME

Est vraisemblable, enfin, ou probable, celui dont les prémisses sont simplement vraisemblables et contingentes.

La principale difficulté que présente le syllogisme réside dans Va découverte du moyen terme. Or cette découverte est facilitée par l'étude des différents lieux que Gassendi a recommandée déjà en parlant des propositions. Plus nous serons prompts à apercevoir les intermédiaires qui relient les termes dont les rapports au premier abord nous échappent, plus nous serons habiles à raisonner. C'est à Texamen des règles qui peuvent développer en nous cette habileté qu'est consacrée la quatrième partie de la logique qui traite de la méthode.

VI. — La méthode, d'une manière générale, est la direction qu'on imprime à ses pensées de manière à voir et à découvrir vite; k juger sûrement et à disposer le mieux possible ses idées et ses jugements ; de telle sorte qu'on peut distinguer trois méthodes différentes : l'une d'invention, l'autre de jugement, la troisième de doctrine.

La méthode d'invention est peut-être celle qui exige de l'esprit le plus de souplesse et de pénétration. A la recherche des rapports cachés qui existent entre les choses et du moyen terme sans lequel tout raisonnement est impossible, l'esprit ressemble au limier qui ne laisse échapper aucun des indices qui peuvent lui faire découvrir le gibier. Or il peut procéder pour atteindre son but tantôt par analyse ou résolution ; tantôt par composition ou synthèse. Nous voulons savoir, par exemple, si l'homme est une substance? Procédons par analyse : nous décomposerons d'abord l'idée d'homme en ce qu'elle a de commun avec d'autres idées et en ce qu'elle a de propre, c'est-à-dire que nous en rechercherons le genre et la différence spécifique, nous aurons alors : wiimal raisonnable. Décomposons de même l'idée d'animal^ ïious aurons : être vivant et sentant; celle d'être vivant, nous dirons : corps qui croît et se développe; celle de corps, nous arriverons aussitôt à celle de substance, La marche que nous avons suivie consiste bien, comme on le voit, dans une véritable décomposition, ou mieux dans une analyse ou une résolution <l'un tout aux éléments simples qui le constituent.

La méthode synthétique consisterait, au contraire, à suivre ^ûe voie inverse, à partir, dans l'exemple précédent, de l'idée de

substance pour en arriver graduellement jusqu'à l'idée d'homme. Dans ce cas alors, nous n'analysons plus; nous reconstituons un tout à l'aide de ses éléments.

Il en est de même quand nous devons établir une généalogie et prouver, par exemple, que tel personnage descend de telle ou telle famille *. Nous pouvons partir de ce personnage pour remonter graduellement à son père, à son aïeul... etc., jusqu'à ce que nous ayons atteint l'ancêtre dont nous voulons prouver qu'il descend; ou bien partir de cet ancêtre pour revenir jusqu'à lui.

Ces quelques remarques nous font comprendre en quoi consistent l'analyse et la synthèse des géomètres. Raisonner analytiquement, c'est partir de la proposition à démontrer ou du problème à résoudre pour remonter jusqu'à un principe premier dont il dépend. Si ce principe est évidemment vrai et nécessaire, vraie et nécessaire est également la proposition qui nous occupe, puisqu'elle en est la conclusion logique. Inversement, elle est manifestement fausse, si le principe est faux. Raisonner synthétiquement, c'est, au contraire, partir de ce principe lui-même et en tirer toutes les conséquences, jusqu'à ce que nous en soyons arrivés à la question posée : question qui se trouve alors résolue soit affirmativement, soit négativement. Dans le premier cas, il y a bien réduction du composé au simple — partant analyse; — dans le second, passage du simple au composé, c'est-à-dire composition et synthèse.

La méthode de jugement comprend les règles qui nous apprennent à bien interpréter ou plutôt à bien apprécier les résultats de l'analyse et de la synthèse. Or, un excellent moyen de n'être dupe d'aucune illusion c'est de contrôler, lorsque la chose est possible, l'un par l'autre ces deux procédés et d'imiter, en cela, le mathématicien qui fait la preuve de l'addition par la soustraction; celle de la soustraction, par l'addition. Si nous avons séparé, afin de la mieux connaître, tous les rouages d'une horloge, réunissons de nouveau tous ces rouages; reconstituons avec eux l'horlogeet nous saurons si notre premier travail a été exact. Quant aux critériums auxquels nous devons ajouter foi, lorsqu'il nous faut porter un jugement, ils ne sauraient être autres

Page 1