DE LA MÉTHODE
que les sens et la raison, dont nous avons discuté la valeur. S'agit-il de faits d'expérience ; de savoir, par exemple, si une chose sensible est ou n'est pas ; les sens seuls peuvent nous renseigner. S'agit-il, au contraire, de faits qui échappent au sens et que le raisonnement seul nous révèle : c'est alors à la raison qu'il faut s'en rapporter.
Il peut arriver cependant que le témoignage des sens et celui de la raison parfois se contredisent : suivons, dans ce cas, le sage conseil d'Aristote et rapportons-nous-en de préférence à l'expérience. Les anciens prouvaient, par raisonnement, l'impossibilité des antipodes : que devient leur raisonnement après les constatations des voyageurs?
— Quand on a découvert la vérité, il reste à la transmettre aux autres. Or, qu'il s'agisse d'art ou de science, de pratique ou de théorie pure, la méthode d'enseignement ou de doctrine à suivre est toujours « de commencer par résolution et de continuer par composition ». — Ainsi, celui qui veut apprendre à d'autres l'art de construire, dira d'abord, à ceux qu'il instruit, de quelles parties se compose une maison; avec quels matériaux on la bâtit; d'où on tire ces matériaux,... après quoi seulement il montrera comment on les assemble. . Le médecin enseigne également à ses élèves, avant toute autre chose, Panatomie; leur fait connaître les différents organes du corps humain, leurs fonctions, puis les propriétés des plantes, etc., et il ne les instruit dans l'art de la médecine proprement dit que lorsquMls ont reçu cet enseignement préalable. On peut en dire autant du physicien, du chimiste, du logicien, du géomètre.
A cette règle générale, Gassendi en ajoute plusieurs autres qu'il suffit de citer pour en faire apprécier l'importance :
La première est d'exposer le sujet dont on s'occupe aussi clairement que possible, d'éviter les mots ambigus, les phrases embarrassées et de donner des définitions précises.
La seconde « est de faire une belle et convenable partition de toutes les choses dont on aura à traiter; de prendre bien soin, dans la distribution des membres et dans le discours qu'on en fait, que les choses générales soient mises généralement et en premier lieu »•
La troisième est d'écarter toute digression inutile et de n'omettre aucun point essenliel.
La quatrième « est de commencer toujours par les choses les plus communes, en poursuivant par celles qui sont les plus nécessaires, pour entendre ce qui doit suivre ».
La cinquième, enGn, « d*accommoder toute Féconomie de son traité à la portée de celui qui apprend et à la nature du sujet ».
Ces règles que formule ici Gassendi, il les avait le premier mises en pratique : de là les brillants succès qu'il obtint, comme professeur, auprès de ses élèves et dont tous ses historiens — même ses ennemis — nous ont conservé le souvenir.