‹ La philosophie de GassendiChapitre 23 sur 178 · Jd., p · texte numérisé non relu

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DE l'espace et bu TEMPS 83

chose de positif et que nous n'entendons par ce mot rien autre chose que ces espaces appelés imaginaires par les géomètres et qui cependant ne sont pas de simples fictions. L'espace ne limiterait la puissance de Dieu que si, étant incréé et indépendant, il était en même temps capable d'agir et d'entraver son action. Or, tout autre, nous l'avons vu, est sa nature. — La réponse est-elle suffisante? Bornons-nous à rappeler que ni Glarke ni Leibniz, qui ont longuement agité le même problème, ne l'ont ainsi jugée * .

II est une autre objection plus grave que Gassendi n'a point prévue, c'est l'objection que fera Kant plus tard et qu'on a si souvent reproduite depuis. Cette impossibilité où nous sommes de concevoir les choses indépendamment de l'espace, d'anéantir parla pensée cette représentation, ce cadre où nous situons tous les objets, suffît-elle à justifier notre croyance à sa réalité objective? De ce que nous pouvons concevoir comme non existant l'univers entier, tandis que nous ne pouvons détruire ainsi, même mentalement, le contenant immense où il se trouve, Gassendi conclut que ce contenant existe; mais raisonner de la sorte n'est-ce pas affirmer a priori, sans raison suffisante, que les lois de la pensée sont en même temps les lois des choses? Qui nous assure que nous ne sommes pas dupes d'une illusion? — Même sous cette forme, cette théorie, qui fait de l'espace une simple loi de l'esprit, eût probablement trouvé peu de faveur auprès de Gassendi; quant à la réponse qu'il eût pu faire, peut-être nous sera-t-il possible de la pressentir lorsque nous étudierons l'explication qu'il propose de l'origine dés idées et des premiers principes *.

II. — L'espace nous aide à comprendre le temps '. Ce sont là deux notions voisines dont la plupart des caractères sont communs. Le temps est, en effet, aux choses durables et succèssives, ce que l'espace est aux choses étendues. Non plus qu'à lespace, on ne saurait au temps attribuer de limites; avant que le monde ait été créé, comme après son anéantissement, le temps était et restera toujours uniforme dans sa marche ininterrompue.

|- Controverse de Leibniz et de Clarke.

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