Gassendi, 1. 1, p. 220 et suiv
Pour les mêmes raisons que l'espace, il est encore nécessaire, incréé, indépendant, incorporel. ^ De même que tout moment du temps est dans tous les lieux, de même tous les lieux sont dans le même temps; qu'il y ait ou non quelque chose, l'un et l'autre existent; que les substances qu'ils contiennent se modifient ou non, ils restent inaltérables. C'est pourquoi après avoir défini l'espace « une étendue incorporelle et immobile », on pourrait définir le temps « une étendue incorporelle qui coule ». Il en est de lui comme d'un fleuve dont les flots san» interruption se succèdent, ou mieux encore, comme d'une flamme dont la lumière est continue, bien que les étincelles qui la composent soient sans cesse renouvelées. L'instant présent n'est pas le même que l'instant passé, et pourtant ils sont enchaînés entre eux de telle sorte qu'aucun vide ne les sépare.
Nous pouvons donc redire au sujet du temps et de sa nature propre ce que nous avons dit déjà au sujet de l'espace : c'est qu'il n'est ni une substance, ni le mode d'une substance, ni une simple conception de l'esprit. — Il n'est point une substance, car il ne peut ni agir, ni pâtir. « C'est une «rreur vulgaire et poétique que cet adage : Le temps rongeur des choses : Tempus edax rerum. Le temps ne ronge rien ; ce sont les causes physiques qui, dans un temps ou dans un autre, détériorent et détruisent *. » — Il n'est pas un attribut, car l'attribut dépend de la substance et lui ne dépend de rien. — Enfin, il n'est pas une simple représentation {voy)|jt.a où8à ÔTcoaraffi;), sans réalité objective, comme le pensait Epicure, l'univers continuant à durer dans le temps, lors même que toute pensée serait anéantie. Le considérer, ainsi d'ailleurs, serait faire violence au langage et à l'opinion commune : quand nous disons, par exemple, qu'une chose est de longue ou de courte durée, n'est-il pas évident que nous la comparons non au temps mental, mais bien au temps objectif et réel. — Qu'est-ce donc que le temps? une réalité comme l'espace, « une chose à sa manière », qu'on ne saurait, bien qu'on la nomme imaginaire, identifier avec le néant. — On objecte que le temps ne peut rien être, car il se compose de l'instant qui est insaisissable, du passé qui n'est plus et du futur qui n'est pas encore; mais autant vaudrait