‹ La philosophie de GassendiChapitre 26 sur 178 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Sens général qu'on attache à ce mot. Nature de la matière : ce qu'elle n'est pas. — II. Ce qu'elle est : théorie des atomes; leurs propriétés : 1° ils sont ingénérables et incorruptibles; 2° solides et insécables; 3° objection et réponse. — III, Du nombre et de la forme des atomes. — IV. Du mouvement. — V. Du vide.

I. — L'espace et le temps forment le cadre des choses, mais ces choses que sont-elles en elles-mêmes et quelle en est la canse? Tel est le nouveau problème qui naturellement se présente et qu'étudie longuement Gassendi.

Au premier abord, nous dit-il, les choses nous apparaissent comme un vaste ensemble de corps de toutes sortes, doués de propriétés diverses et composés d'éléments différents. Soumises au changement, elles modifient sans cesse leur aspect et nous offrent ainsi un spectacle toujours varié. Néanmoins, sous celte incessante mobilité, il doit y avoir quelque chose de permanent et de fixe, car rien ne petit venir de nen et nen ne peut se perdre àûns le néant. Ce quelque chose nous l'appelons matière. — I^a plante qui grandit ne crée pas ce dont elle est faite; les matériaux qui la composent elle les emprunte au sol qui la retient €t la nourrit; lorsque plus tard elle meurt et que ses parties se désagrègent et se corrompent, elle ne fait que rendre à la matière ^qu'elle lui avait emprunté. « La matière est donc la matrice commune d'où sortent tous les corps, où tous retournent et se ''^foraient. » Les générations nouvelles s'alimentent des géné-

^- Gassendi, t. 1, p. 229 et sq.

rations disparues et disparaissent à leur tour poar entretenir la vie au sein de la nature, de telle sorte que la matière peut être considérée comme étant de quantité toujours constante.

Ce sont là, toutefois, considérations fort générales, et dès que nous voulons nous faire de la matière une idée plus nette et plus précise, nous nous trouvons en présence des difQcultés les plus sérieuses; aussi, le plus sûr moyen de nous approcher de la vérité sera-t-il, peut-être, de procéder d'une manière indirecte et, avant de rechercher ce qu'est la matière, de nous demander ce qu'elle n'est pas. C'est là, d'ailleurs, comme nous l'avons remarqué déjà, un procédé cher à Gassendi, qui lui permet de passer en revue les différentes opinions des philosophes, d'en examiner la valeur et d'en tirer proût.

Or, toutes les hypothèses qu'on peut faire sur la matière peuvent, suivant la juste remarque d'Aristote, se diviser en deux grandes classes : d'une part, celles qui considèrent le principe matériel comme simple et unique; d'autre part, celles qui le considèrent comme multiplet

Examinons d'abord les premières. Du moment où l'on admet que le principe matériel est un, il n'y a que deux manières de le concevoir : ou bien comme une substance particulière, ou bien comme quelque chose de purement indéterminé.

Suivant la plupart des philosophes Ioniens qui s'en tiennent à la première de ces deux conceptions, la matière serait identique à l'eau, à l'air ou au feu ; elle consisterait, par conséquent, dans une substance unique qui, en se modifiant et en évoluant, deviendrait successivement toutes choses. Mais que peut valoir une hypothèse qui fait ainsi violence aux sens et à la raison ? Aux sens, qui nous disent que l'eau est autre que le feu et qu'ils ont l'un et l'autre les mêmes titres à être acceptés comme premiers principes; à la raison, qui nous dit qu'un élément unique, le feu, par exemple, ne peut rien engendrer s'il ne s'unit à autre chose. Or, à quoi s'unirait-il? Ce ne peut être qu'à du feu, par hypothèse ; mais du feu ajouté à du feu ne donnera jamais que du feu. La prétendue transmutation des corps est une supposition gratuite que rien n'autorise et ne justifie *.

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