‹ La philosophie de GassendiChapitre 27 sur 178 · Gass , I, p. 239 et sq · texte numérisé non relu

Gass , I, p. 239 et sq

Mais, ne pourrions-nous pas admettre que la matière est quelque chose de purement indéterminé, sans qualité et sans {orme, incapable de rien par soi-même, mais capable de revêtir les formes les plus diverses et les qualités les plus variées sous l'action d'une force informante? Bien qu'elle ait trouvé les plus illustres défenseurs, cette nouvelle explication n'en est pas moins fort difficile à comprendre, car que peut être cet élément absolument indéterminé, sinon un pur néant? S'il n'est ni résistant, ni Gguré, on peut tout au plus l'assimiler à l'espace dont nous avons cependant admis l'existence; mais de l'espace vide, on ne peut rien tirer; il n'entre comme élément constitutif dans aucun composé; il n'en est que la condition extérieure : or, si la matière est purement indéterminée ou bien encore « une simple privation », jamais elle ne pourra engendrer, quelle que soit la cause qui la modifie, aucune réalité positive et concrète. Si quelque réalité cependant est produite, elle doit être attribuée à la cause seule, et alors le terme de matière n'est plus qu'un terme creux, inutilement conservé *.

Nous sommes donc logiquement conduits à reconnaître que le principe matériel est multiple. Seulement, dans ce cas encore, plusieurs suppositions sont possibles.

Suivant une opinion très répandue, quatre éléments, l'eau, l'air, le feu et la terre constitueraient à eux seuls la matière tout entière et de leur mélange se formeraient tous les corps. Gassendi ne pense pas que cette hypothèse soit plus plausible <rie les précédentes. Gomment, nous dit-il, avec ce peu d'éléments former la multitude infinie des choses? Avec une substance unique on ne peut former qu'une chose ou du moins nne seule classe de choses homogènes; avec deux substances, on en peut former deux seulement; avec trois, six; avec quatre, vingt-quatre... et ainsi de suite; étant donné la variété de l'univers on est naturellement conduit à reconnaître que les éléments premiers doivent être en quantité innombrable. Ce sont les mêmes raisons qui le portent à combattre la théorie des chimistes de son temps qui faisaient tout dériver du sel, du

soufre, du mercure, de la terre , c'est-à-dire d'un nombre

^'éléments fort restreint *.

l* ^ass., t. I, p. 247.

^' ^ci., 1, 239, 240.

Il est une dernière hypothèse que Gassendi tient à écart< avant d'étudier la théorie qu'il préfère, c'est celle des philt sophes qui dotent la matière non seulement des qualités premières, telles que la chaleur, Thumidité, la sécheresse, qu'on attribue d'ordinaire à tous les éléments, mais encore des qualités dites secondes dont les sens nous révèlent l'existence, telles que Todeur^ la saveur ou le son *. On croit, dit Gassendi, trouver la justification de cette hypothèse dans ce principe: qu'il doit y avoir dans les composants tout ce qu'il y a dans les composés et que « le semblable naît toujours du semblable » ; mais n'est-il pas absurde d'attribuer aux éléments constitutifs des êtres le rire ou les larmes, sous le prétexte spécieux que l'homme peut rire ou pleurer? Nous montrerons bientôt d'ailleurs à quoi se réduisent les qualités secondes, voire la plupart des qualités dites premières dont nous parons si libéralement la nature '.

II. — Beaucoup plus logique est l'atomisme que défend Démocrite et qu'ont repris et complété Épicure et Lucrèce^.

Pour bien nous rendre compte de l'explication que ces philo- . sophes donnent de la matière et de l'idée qu'on peut s'en faire après eux, supposons que tous les corps que nous apercevons dans l'espace soient réduits en une poussière infinitésimale, « plus ténue encore que celle dont nous voyons les tourbillons dans l'air, lorsqu'un rayon de soleil se glisse entre les branches d'un arbre » ; ces éléments sont précisément la matière de tous les corps et on les appelle atomes. Il en est d'eux comme des lettres de l'alphabet : de même qu'avec ces lettres nous formons tous les mots d'une langue et par suite les poèmes les plus variés, de même avec les atomes se forment, par des combinaisons innombrables, tous les objets qui composent l'univers. En étudier les propriétés, c'est donc en même temps étudier les propriétés de la matière.

Bien que, par leur extrême petitesse, les atomes se dérobent à tous nos efforts pour en saisir la vraie nature et la vraie forme; bien que nos sens, même secondés par les instruments merveilleux que la science a découverts, ne puissent directement les aper-

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