‹ La philosophie de GassendiChapitre 29 sur 178 · d., I, 257 et sq. ; III, 374 et sq · texte numérisé non relu

d., I, 257 et sq. ; III, 374 et sq

Contre cette conception des atomes s'élèvent tous les défenseurs de la divisibilité à l'infini. — Si les atomes sont étendus, disent-ils, pour nous en tenir à leurs objections principales, il est toujours possible, sinon en fait, du moins par la pensée, de les diviser, de supposer séparées des parties qui sont à droite, les parties qui sont à gauche; brisés, leurs angles, lorsqu'ils sont rameux; leur courbure, quand ils sont sphériques. Aussi loin que, dans cette voie, s'avance notre imagination, elle sent que son pouvoir reste toujours le même et que le dernier élément obtenu pour les divisions précédentes se prête encore à des divisions nouvelles. On sait quelle brillante fortune a, dans l'histoire de la philosophie, cette objection que souvent on reproduit : Gassendi *, cependant, croit qu'elle repose sur une simple illusion de notre imagination et que rien ne nous autorise à affirmer que la nature se conforme exactement à l'image que nous nous faisons d'elle.

Au reste, dit Gassendi, l'hypothèse de la divisibilité à l'infmi est incompréhensible en elle-même et elle rend inexplicables les phénomènes qui se produisent dans la nature.

Elle est incompréhensible *, car peut-on admettre, sans contradiction, que tous les corps dont les sens nous révèlent l'existence soient finis et bornés et que pourtant ils contiennent des éléments en nombre infini? Nous devrions admettre alors, comme le remarque Lucrèce, qu'il y a autant de parties dans un grain de sable que dans une montagne, ou encore dans l'aile d'un ciron que dans le corps d'un homme, c'est-à-dire que nous devrions admettre l'absurde. Alléguera-t-on « que ces atomes ou parties constitutives des corps sont simplement infinies en puissance^ quand, en réalité, elles sont finies en acte »? Pure défaite, car si on réserve le nom de parties à celles qui sont réellement divisées : dans un corps non divisé, il n'y aura pas de parties; si, au contraire, on applique ce mot à toutes les parties possibles, par suite de divisions mentalement possibles, leur nombre sera réellement infini et nous retombons dans toutes les difficultés précédentes. — Dira-t-on, avec Descartes, prenant en quelque sorte un moyen terme, « que ces parties sont simple-

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