Gass., 1, 263 et sq
parties essentielles à un être vivant. En lui se trouvent des veines et des artères et, dans ces veines et ces artères, du sang; des vaisseaux destinés à recevoir et à élaborer la nourriture; des fibres pour les relier entre eux... De quelle petitesse ne doivent pas être alors tous les atomes dont cet insecte est formé et que notre imagination elle-même a peine à concevoir? *
Quant à la forme qui leur est propre, elle doit être naturellement très variée, sans quoi nous ne pourrions rendre compte des différences qui existent entre les choses. Il n'y a pas deux feuilles du même arbre qui se ressemblent, deux gouttes d'eau absolument semblables. Or, ces différences ne doivent-elles pas provenir, en partie du moins, de la figure même des atomes qui les composent? — L'expérience nous fournit d'ailleurs de précieux indices '. Le simple fait de la cristallisation nous montre que les prismes solides qui se déposent, par exemple, à la surface d'un vase lorsque l'eau s'est vaporisée, présentent l'aspect de pyramides, d'étoiles, de cubes, etc.; il est donc présumable que ces prismes eux-mêmes sont composés de prismes plus petits, mais de forme analogue. Enfin le microscope, en nous faisant apercevoir de plus près les éléments des choses, nous fournit des indications précises qui viennent confirmer ces hypothèses. — Suivant Lucrèce, les formes des atomes seraient en nombre fini, mais le nombre des atomes lui-même serait infini, sous chaque figure. On peut admettre avec lui que la variété des formes est limitée. Il semble difficile, en efiet, que l'atome ayant une certaine grandeur, puisse recevoir n'importe quelle forme, chacune d'elles exigeant une disposition spéciale des parties et celles-ci ne se prêtant qu'à un nombre déterminé de combinaisons possibles. — S'il pense, en outre, que les atomes sont
1. Pascal ne se souvenail-il pas de ce passage de Gassendi lorsqu'il écrivait cette page si souvent citée : « Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini?.... Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, <lu sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes; que, divisant eiïcore ces dernières choses, il épure ses forces et ses conceptions, et que le dernier objet auquel il peut arriver soit maintenant celui de notre discours; il pensera que c'est là l'extrême petitesse de la nature : je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau... » {Pensées, art. I, 1.)