Gass., I
Thomas. — Gassendi. 5
en nombre infini, c'est qu'un nombre fini de principes, répandu. dans l'infinité de Tespace, n'aurait jamais pu, dit-il, s'assembler pour créer des agrégats. Mais, répond Gassendi, si nousremarquons que les atomes, au lieu d'être considérés comme répandus dans l'immensité de l'espace, peuvent l'être comme retenus dans Tenceinte du monde, nous comprendrons que leur nombre peut fort bien n'être que fini et suffire à expliquer la multiplicité des choses.
IV. — Toutes les propriétés que nous venons de reconnaître, quelque importantes qu'elles soient , seraient impuissantes à nous fournir une explication des choses, si les atomes qui les possèdent n'étaient en outre doués de pesanteur» La pesanteur est la faculté intime et naturelle qu'ont les atomes de se mouvoir eux-mêmes : ou mieux encore, une tendance innée, permanente et inamissible qui les pousse à l'action *. C'est grâce à ce pouvoir que le mouvement et la vie circulent et se propagent ininterrompus dans le monde. Le repos que nous croyons y découvrir n'est qu'apparent : la dissolution et la ruine des œuvres les plus puissantes nous sont de sûrs garants du travail qui s'accomplit en elles; seulement, comme ce travail échappe à nos regards imparfaits, nous affirmons trop précipitamment qu'il ne se produit pas. Ce pouvoir moteur des atomes étant d'une importance capitale, Gassendi l'étudié longuement, mais nous aurons l'occasion d'y revenir bientôt ' ; examinons donc de suite quels arguments on peut invoquer en faveur du vide, sans lequel ce pouvoir ne saurait s'exercer.
V. — Nous savons déjà comment il faut concevoir le vide; seulement l'existence en ayant été souvent contestée, Gassendi croit utile d'en bien montrer la nécessité, avant de rechercher comment les atomes, en s'unissant, forment successivement toutes choses. — Les arguments qu'il invoque lui sont fournis à la fois par la raison et par l'expérience. La raison nous
1. « Restât jam tertia atomis attributa proprietas, gravitas nimirum, seu pondus; quod cum nihil sitaliud, quam naturalis, internaque facultas seu vis, qua se pôr se ipsam ciere, movereque potest alomus, seu mavis, quam ingenita, ionata, nativa inamissibilisque ad motum propensio et ab intrinsèco propulsio, atque iinpetus. » (T. J, p. 273.)