‹ La philosophie de GassendiChapitre 34 sur 178 · Voy. chap. suivant, sur le Mouvement · texte numérisé non relu

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DB LA MATIÈRB 67

atteste que, si tout est plem^ rien ne peut se mouvoir^ car tout mouvement serait à Porigine entravé par de^ obstacles qu'il ne pourrait surmonter. « Pour mieux entendre cet argument^ nous dit Gassendi, représentez-vous que le monde entier, s'il n'a aucun vide répandu entre ses parties, doit être une masse oxtr^ mement serrée et compacte et qui ne saurait par conséquent recevoir de nouveau le moindre petit corps, parce que n'y ayant rien qui ne soit plein il ne i*este aucun lieu à remplir — à moins que vous ne vouliez que les corps se pénètrent, ce qui est ab* surde — et vous reconnaîtrez qu'aucun des corps compris dans cette masse ne peut sortir de son lieu pour s'emparer de celui d'un autre. Gomme le corps qui doit se mouvoir trouvera le lieu plein, il faudra qu'il en chasse le corps qui l'occupe, mais où celui-ci pourrait-il se retirer si tout est plein * ? » — On répond qu'il en est d'un corps qui se déplace comme d'un poisson qui nage; à mesure qu'il avance, l'eau remplit l'espace qu'il quitte. — Réponse peu concluante, car nous nous demandons précisément comment il se fait que l'eau cède devant le poisson lorsque celui-ci commence à se mouvoir; où les molécules déplacées se retirent quand elles cèdent à la pression qu'elles subissent? — Cette argumentation que reproduisent encore la plupart des défenseurs du vide n'a peut-être pas, sous cette forme du moins, l'importance qu'on lui accorde. Supposons qu'il en soit de l'univers comme d'une sphère dont tous les éléments sont continus sans qu'aucun insterstice les sépare. Pour qu'un de ces éléments puisse se mouvoir, ne sufOt-il pas d'admettre que celui qui le précède, dans le cercle dont il fait partie, vienne occuper la place où il se trouve, entraînant à sa suite tous ceux qui se trouvent après lui? C'est là précisément ce qui arrive lorsque la sphère tourne autour de son axe. — Mais alors il faudrait admettre que le mouvement et le déplacement d'un atome entraîne le mouvement et le déplacement do tous les atomes de l'univers? — Nous savons que cette conclusion, quelque considérable qu'elle paraisse, ne semble nullement contradictoire à beaucoup de savants qui soutiennent que le moindre changement survenu dans le plus petit des êtres a son contre-coup dans tout ce qui existe.

i. Gass., I, 192; Beroier, t. Il, 173.

Les arguments tirés de Texpérience sont beaucoup plus frap pants ^ On sait, nous dit Gassendi, que dans l'arquebuse à vent on peut diminuer le volume d'air qui est contenu dans le canon. Or, pour expliquer ce fait, il n*y a que deux hypothèses possibles : ou bien les atomes d'air se pénètrent les uns les autres, ou bien ils se serrent davantage, se juxtaposent mieux, s'ajustent avec plus de précision. La première de ces deux suppositions est évidemment contradictoire, les atomes étant, par nature, impénétrables; il nous faut donc admettre qu'entre les angles et les ramures des atomes il existe un espace vide qu'ils sont parvenus à mieux remplir. Il s*est produit, dans ce cas, ce qui se produit dans un monceau de blé lorsque les grains se tassent.

La dilatation de l'eau dans l'éolipile, sous l'action de la chaleur, est tout aussi inconcevable sans le vide. Si Teau en arrive à occuper un espace plus considérable, c'est que, sous l'action du feu, les molécules se sont espacées davantage, se repoussant mutuellement et laissant plus d'intervalles inoccupés. Autrement il faudrait admettre ou bien que pendant l'ébuUition la même matière occupe deux lieux à la fois, ou bien que, avant l'ébuUition, ses atomes se pénétraient les uns les autres, ce qui, comme nous l'avons vu, implique contradiction.

Le phénomène de la dissolution des sels dans l'eau donne lieu à des remarques analogues. Quand un liquide est saturé d'un certain sel, le surplus qu'on y jette reste sans se dissoudre; mais si on y plonge un autre corps, de l'alun, par exemple, après du sel commun, ce corps se dissout. C'est que les atomes de cet autre corps sont de figure différente : dès lors ne faut-il pas en conclure qu'il y a dans l'eau plusieurs petits espaces vides insensibles, de différentes formes, où peuvent se situer des atomes différents?

A tous ces exemples, enfin, on en peut ajouter deux autres qui semblent à Gassendi tout à fait concluants. On sait que, dans un tube d'où l'air a été chassé, l'eau tend à s'élever jusqu'à une certaine hauteur. Gomment expliquer cette élévation du

1. Gassendi oonsacre trois longs chapitres à cette démonstration; pour comprendre l'importance un peu exagérée peut-être qu'il lui accorde, il faut se rappeler que plusieurs des expériences qu'il commente étaient alors nouYellcs et par conséquent devaient plus vivement que de nos jours frapper l'esprit. Voy. t. I, 192 à 216.

liquide si, dans la partie supérieure du tube, le vide n'avait été fait? C'est précisément parce que Teau ne rencontre aucune résistance de ce côté, qu'elle s'y dirige, cédant à la pression atmosphérique qui s'exerce sur la cuvette où le tube est plongé. Nous savons également que la cloche d'où l'on a banni l'air s'enfonce dans le ciment qui la soutient; que le papier qui en ferme l'orifice se brise avec fracas : pourquoi? Parce que l'air qui est pesant continue à agir du dehors et que le papier, privé de tout support, ne peut résister à son action. — On a prétendu, sans doute, qu'à la place de l'air expulsé, il se glisse une substance plus subtile; mais l'admettre, pense Gassendi, serait accorder crédit à une hypothèse gratuite que rien ne justifie.

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