A la première, Gassendi croit inutile de s'attarder
'^ligtemps, car deux raisons décisives la rendent inadmissible.
^'uae part, il nous est impossible de concevoir une former
^^ être réel, qui ne serait ni le corps, ni l'âme raisonnable,
^^ le temps, ni l'espace; d'autre part, il est anti-philoso-
P'^îque de faire ainsi intervenir Dieu à chaque instant et, pour
'^soudre les difficultés qui nous embarrassent, de recourir au
®*ï*acle *. Par conséquent, mieux vaut ne voir dans les corps
9^Ci ce qu'il y a, c'est-à-dire des atomes. « Nous pensons, dit
"^ssendi, qu'il n'y a dans les corps naturels que de la matière
^^ que cette matière a la puissance de revêtir par addition,
^ • « Non est nequicquam quod ille (Aristoteles) generationem vitamque *^^*^junxit, et illani esse primam animœ participationem hanc vero per- "\^tientiani, seu continuationem ejusdem : quippe hac ratione generatio '^^oil aliud est, quam vitse principium, et vita nihil aliud, quam conti- ^^ensquaedam generatio; eo modo, quo accensio nihil aliud quam flammœ,
* animation isve, ut sic dicam, principium est; hœc vero nihil aliud, quam ^^minens accensio. » (Gass., t. II, p. 583.)
^- « Durum esse videtur ad frequentia adeo miracula confugere. » (/rf., 1. 1, P- 469.) — Gassendi repousse également, pour des raisons analogues, l'expli-
^^V^n d'Aristote; il pense, en effet, que la forme telle que la conçoit le
™>lo8ophe grec, est inintelligible et impuissante à remplir le rôle qu'on
^^> prête.
soustraction, transfiguration, toutes les formes; de produire enfin des êtres qui ne contiennent en dehors d'elle aucune entité substantielle *. » Une seule exception doit être faite ,en faveur de l'ànie raisonnable ^ pour des raisons que nous exposerons plus tard. La génération n'est donc que la disposition de la matière dans un ordre déterminé, sans qu'aucun élément étranger et hétérogène s'y vienne ajouter '.
II. — La seconde hypothèse est défendue par Épicure et par tous les philosophes matérialistes. Beaucoup plus simple que la précédente, elle paraît également à Gassendi beaucoup plus rationnelle, quoique fausse ; aussi en discute-t-il les titres avec soin.
Le principe fondamental sur lequel elle repose, c'est qu'il n'y a point de causes finales dans l'univers; que les corps se sont formés sans idée directrice, sans exemplaire, sans modèle antérieur; que l'idée du tout, en un mot, ne préexistait pas à l'existence des parties et qu'aucune intelligence supérieure n'a présidé à leur organisation.
« La Providence, dit Épicure, cité par Lactance, n'a point de part dans la formation des animaux, car les yeux n'ont pas été faits pour voir ; ni les oreilles pour entendre, ni la langue pour parler, ni les pieds pour marcher; ces membres sont nés avant qu'on parlât, qu'on entendit, qu'on vît, qu'on marchât; mais il est arrivé que, s'étant trouvés propres à cet usage, l'usage s'en est suivi *. » C'est la même doctrine qu'exprime Lucrèce dans ces deux vers souvent cités :
Nil ideo quoniam natum est in corpore ut uti Possemus, &ed qnod natum est, id procréât usum.
Ce qui est vrai des animaux est vrai, à plus forte raison, des minéraux et des plantes dont l'organisme est moins compliqué et les fonctions beaucoup plus simples.
1. a Intelligimus naturalium rerum materiam eam habere potestatem, ut transflguratione, additione, ablatione formas quascumque subeat exhibeatque, et corpora exinde consurgant, quœ substantialis entitatis prœter ipsam nihil habeant. » (Gass., t. I, p. 470.)
2. tt Principio vero hinc seponimus animam rationalem,seu mentem, quœ humanse formée pars superior, praestantior, divinior est. » (Id.)
3. « Videlur solum qualîtas, modusve substantiœ, dum quid gignitur, innovari. » {Id., 471.)