Gass., t. II, p. 226; — Bernier, V
2. Gassendi aurait évidemment souscrit à ce jugement de Voltaire : « Si les yeux ne sont pas faits pour voir, les oreilles pour entendre, une horloge pour montrer l'heure, j'avouerai alors que les causes finales sont des chimères et je trouverai fort bon qu'on m'appelle cause- finalier, c'est-à-dire imbécile. »
Nous voyons nous-mêmes, au flanc des murailles, naître et grandir des plantes qui assurément n'ont point été semées, et, dans les organismes malades ou les matières corrompues, se développer et pulluler des insectes par milliers *. Or, comment se fait-il que ces corps se forment dans des lieux spéciaux, que chaque région ait en quelque sorte ses minéraux, ses plantes, ses animaux privilégiés? que toute terre, suivant la remarque de» Lucrèce, ne produise pas toutes choses'? — En cherchera-t-on la cause dans l'action du soleil? 11 est probable que cette action n*est pas inefficace et qu'elle hâte la génération, mais elle ne sauraitaller jusqu'à la causer enlièrement. Elle peut faire éclore un œuf, non créer Tœuf lui-même. «Le soleil n'a pas de doigts assez subtils pour faire un tel ouvrage ^ » — « Pour qu'ici il s'engendrât plutôt du sel que du bitume, du métal que delà pierre, il fallait qu'il y eût déjà des atomes diversement disposés et ordonnés; autrement les mêmes choses se seraient engendrées partout ou du moins dans les mêmes zones. Or ces dispositions diverses marquent des principes tout à fait difiTérenls dont elles procèdent, puisque les qualités des éléments simples 6t même la chaleur survenante et étrangère auraient dû être uniformes et disposer la matière uniformément; et ces principes ûont pu être autre chose que des substances différentes des ^'éfïjenls simples, qui aient été formées en même temps que la ^erre, qui avait été comme la matière et la semence des choses î'^i devaient être engendrées et qui aient fait la terre non un ^^^ps simple, mais un mélange, mais un corps tout à fait hété- '*<>8ène *. »
Ainsi, point de génération spontanée, au sens où nous prenons ^^ mot aujourd'hui; tout corps qui est engendré vient d'une *^*ï^ence préexistante dans laquelle il était virtuellement con- ^^ti, et l'influence des milieux où cette semence était située s'est ^t^née à en hâter le développement.
^ ^i nous considérons maintenant non plus l'acte même de la °^ïiéralion, mais le corps naturel engendré, nous serons amenés
^. T. II, p. 113, 170,261.
^. « Non omnis fert omnia tellus. »
^^^. « NuUa causa externa est, etiam Sol, etiam quœvis alia, cui subtiles ^^^o, sapientesque sint digiti, ut taie quidpiam adoriri, aut perficere ^^quam possit. » (T. II, p. 263.)