d., t. II, p
sur de telles questions; aussi nous laisse-t-il plutôt deviner pensée qu'il ne nous l'expose : c'est une simple hypothèse qu'i présente et rien plus. Il se pourrait, nous dit-il, que toutes 1 discussions relatives à l'âme de la terre fussent, en dernièn analyse, de simples discussions de mots ^ « Car si on prend Vkmi de la manière que nous concevons la végétative ou la sensitive il n'y a rien, ce semble, de plus absurde que de vouloir que 1( monde soit animé. Mais si quelqu'un soutient qu'il y a une âme, une âme d'une autre espèce, il sera difficile de le con^ — tredire; car lorsque les autres opposeront que là où il n'y a nE végétation, ni sentiment, ni raisonnement, il n'y a aucune âme^ il répondra qu'il n'y en a véritablement aucune telle qu'esUcelle qu'on attribue ordinairement aux plantes et aux animaux:^ mais qu'il y en a une qui est telle qu'elle peut être attribuée à un globe entier comme à la Terre, en ce que cette sorte d'âme n'est autre chose qu'une certaine forme qui lie toutes les parties du globe entre elles, qui les ramène à leur Tout, qui les y retient adhérentes quoique hétérogènes et répugnantes; que c'est à cette forme que se peut rapporter la génération de tant de choses vivantes ^ qui naissent d'elles-mêmes et que les âmes spéciales de ces choses, quoique très différentes de l'âme de la Terre, peuvent néanmoins lui devoir leur origine, de même que le ciron doit son âme à l'homme, quoiqu'elle soit très différente de celle de l'homme.
« Il ajoutera qu'encore que d'ordinaire l'on n'attribue l'âme qu'aux plantes, aux bêtes et aux hommes^ cela n'empêche pas que plusieurs philosophes ne croient que tant que les métaux et les pierres sont dans leurs mines, on leur en doit attribuer une qui leur soit propre et particulière et qui, étant une âme à sa manière^ fasse que ces corps soient censés vivants; il ajoutera, dis-je, qu'il lui pourra aussi être permis d'en attribuer de môme une à la terre qui lui soit particulière et qui fasse qu'elle soit censée vivante ^.
1. « Quod spectat ad animam (mundi) videri de voce controversia potest. » (Gass., II, p. 3.)
2. « Quippe quœ reipsa nihil aliud sit quam forma velu tirevinciens cohibensque intra ambitum omnes globi partes, ac tam prsesertim heterogeneas, colluctantesque inter se; quam principium ad quod referri tôt spontaneorum viventium generaliones valeant. » (T. II, p. 3.)
3. « Cur non possit quoque attribuenda videri Terrœ, sciiicet specialis ac sui generis (anima), ob quam censeri vivens possit. » (/d.)
.i"ll-a
«D'ailleurs, n'est-il pas vrai que les facultés et les fonctions de r aimant, lors même qu'il est hors de la mine, sont telles qrfencore qu'elles ne puissent pas être rapportées à la végétation, au sentiment et au raisonnement pris de la manière qu'on les prend d'ordinaire, elles sont néanmoins trop nobles et trop excellentes pour les rapporter à une nature entièrement inanimée etprivéede sens. Cela étant, pourquoi ne se pourrait-il pas faire que la terre ne fût pas absolument inanimée ou destituée de tout sentiment, du moins d'une espèce de sentiment distinct du sentiment ordinaire? Quelle répugnance y a-t-il qu'il y ait dans la terre un genre de vie et de connaissance que nous ne puissions pas atteindre par notre intelligence? Notre condition est trop différente de celle de la terre, pour que notre mode de connaissance ne soit pas d'un genre tout à fait autre que le sien *. »
Rapprochons enfin de ces citations ce passage non moins
explicite que cite Bernier en le soulignant * : « J'ai toujours eu,
dit Gassendi, beaucoup de peine à ne pas me persuader qu'il n'y
eût pas une certaine force répandue dans toute la terre qui,
comme une espèce d'âme, en liât et attachât ensemble les parties ;
car qui est-ce qui n'admire pas la résistance que font les choses
pesantes lorsqu'on les veut séparer de la terre, et le désir, la
pente, l'inclination qu'elles ont à y retourner lorsqu'on les en a
séparées? Ne dirait-on pas qu'elles auraient quelque espèce de
sentiment et de connaissance, que, naturellement instruites,
elles connaîtraient que leur bien et leur conservation consiste à
être jointes à leur Tout et qu'elles y retourneraient portées par
cette connaissance, de même qu'un animal retourne à sa maison
^^ il sait qu'il sera bien, et qu'il trouvera sa pâture et son
eûtpetien, ou de même qu'il se porte au boire et au manger,
quand il a faim et quand il a soif? Ou, si vous voulez changer
^'idée, ne dirait-on pas que la terre, de même que tout autre
1. • Id aulem si ita se habeat, quidni Terrœ quoqiie competere possit
Dalura non inanimis, neque expers omnis, saltcm distincti a vulgaribus,
sensus?... Ecquid répugnât esse in Terra genus viiœ et cognitionis, quod
nobis assequi non liceat? Ut in nobis enim et ex nobis acari ita gignitur,
utsit vivens a nobis distantissimum, et cognitionis a nostra alienissimœ;
ita nihil videtur obstare quo minus nos ipsi in Terra, et ex terra geniti
viventia simus, quorum conditio a conditione vitœ Terrae quam maxime
distet; et omnis nostra conditio alterius prorsus sit generis ab eo, quo
potest Terra poiiere. >* (Gassendi, t. II, p. 3.)