‹ La philosophie de GassendiChapitre 59 sur 178 · Dernier, 2° édition, t. II, p. 93 et sq · texte numérisé non relu

Dernier, 2° édition, t. II, p. 93 et sq

animal, aurait une inclination à sa propre conservation et q connaissant que la séparation de ses parties lui serait pe:: nicieuse , elle rempêche autant qu'elle le peut, tenant s parties liées et serrées ensemble et les attirant, ou ramenant elle quand quelque force les en a séparées, soit que cette espèce d'attraction se fasse par de certains rayons magnétiques, qui comme autant de petits crochets ou de petites mains imperceptibles, les ramènent, soit qu'elle leur renvoie quelque chose qui^ excitant et réveillant en elles le sentiment naturel qu'elles ont,, les porte à se mouvoir vers elle, à la manière d'un animal qui se porte vers le pain ou la viande dont il a reçu l'espèce *. »

Nous revenons donc ici, par un détour, à notre point de départ. Comme les platoniciens et les stoïciens, Gassendi admet une âme du monde et ne pense pas pouvoir, sans elle, expliquer la vie qui circule de toutes parts. Cette âme est non seulement pour lui, une force qui relie entre elles les diverses parties de rUnivers, elle est encore une force douée de sentiment et de connaissance. Sans doute cette connaissance et ce sentiment diffèrent de ceux de l'homme, mais le soin même qu'apporte Gassendi à marquer ces différences nous laisse mieux entrevoir quelles conclusions lui paraissent les plus probables. Quand il parle de cette sensibilité qui ne sent pas, de cette intelligence qui ne connaît pas comme nous sentons et connaissons nous-mêmes, l'on croirait entendre l'un des précurseurs de ces théories contemporaines dont le succès a été si brillant et qui attribuent au monde une sorte de sub-conscience ou de supra-intelligence^ sans laquelle rien de ce qui se produit ne serait intelligible. — Toutefois, là s'arrête la ressemblance, car cette âme du monde, Gassendi la conçoit comme corporelle et créée par Dieu; loin de se suffire à elle-même, elle suppose une cause extérieure et transcendante qui Texplique. Comment se fait-il maintenant qu'étant corporelle, c'est-à-dire composée d'atomes comme tout le reste, elle puisse ainsi accomplir des fonctions qui d'ordinaire paraissent ne pouvoir être attribuées qu'à une âme simple et incorporelle? C'est là un nouveau problème que nous étudierons avec lui en parlant de la nature même de l'âme *.

1. Bernier, 2" édit., t. II, p. 94, 4, 5. Voir également, dans Gassendi : Sint ne sidéra animata? t. I, p. 522 et sq.; De ghbo Telluris, id,, t. II p. 3, 128, 135; De sensu, id., p. 329 et sq. '

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