Voy. plus loin, 3» partie, ch. i
IL — Ces considérations sur la nature du monde nous amènent naturellement à rechercher quelle en est l'origine et quelle en est la fin. Suivant Parménide, Mélissus, les Ghaldéens, Pythagore, voire Platon, le monde n'aurait point eu de commencement et serait éternel : cette opinion est également celle d'Aristote. Suivant Empédocle, au contraire, Heraclite, Anaximandre, Anaximène, Anaxagore, Archélaûs, Diogène d'Apollonie, Leucippe, Démocrite, Épicure, Zenon et les stoïciens, il aurait eu un commencement. « Il nous est absolument impossible, disent les défenseurs de la première opinon, de savoir si les œufs ont existé avant les oiseaux ou les oiseaux avant les œufs, puisqu'on ne peut concevoir l'existence des uns sans l'existence des autres. C'est pourquoi, pour rendre compte des choses qui ont été, qui sont ou qui seront dans le monde qui dure toujours, il est arbitraire de recourir à un principe premier : il suffit d'admettre comme un cercle infini des choses qui engendrent et des choses qui sont engendrées, de telle sorte que chacune d'elles soit à la fois cause et efi'et ^ » Quant aux partisans de la seconde hypothèse, ils admettent tous l'éternité de la matière et attribuent l'origine du monde soit à un concours aveugle des premiers principes, soit à une suite fatale des lois qui régissent l'Univers.
Il est une troisième hypothèse qui se rapproche de la précédente, car elle admet que le monde a eu un commencement, mais qui s'en écarte en ce qu'elle nous représente le monde comme créé par Dieu, sans aucune matière préexistante*. ^ Gassendi, dans une longue discussion que nous retrouverons plus tard en théodicée, examine chacune de ces hypothèses et s'efforce de prouver que la considération de l'Univers et la Raison naturelle nous conduisent logiquement à nier l'éternité du monde et à lui reconnaître un ordonnateur.
Et d'abord, l'ordre et l'harmonie qui s'off'rent à nous dans toutes les parties et dans tous les mouvements de l'univers nous paraissent, dit-il, inintelligibles sans un agent souverainement