Desc, édit. Garnier, t. Il, p
dant sournoisement quelles objections on pourrait bien faire à quelques-uns des principes défendus par Descartes*; Bornius s'unit à Sorbière : « Descartes, écrit-il à Gassendi, n*est qu'un fanfaron hautain dont la Métaphysique a été entièrement renversée par les Objections et les Instances et ne sera accueillie par la postérité que par des sifflets et par des rires. Pour beaucoup même, il perdra ses titres au nom de philosophe à moins que son dernier ouvrage sur la physique ne relève sa réputation perdue. C'est pourquoi il vous appartient, excellent esprit, d'en faire l'examen et de dévoiler aux yeux de tous les erreurs qu'il renferme. C'est là ce que je vous demande en mon nom et au nom de tous les savants de la Hollande ^. » Gassendi ne se laissa point séduire par ces flatteries. « Je ne puis, répondit-il, juger la Physique de Descartes que je ne connais pas encore. En outre, je ne sais pas s'il serait convenable et conforme à mon caractère de réveiller de moi-même un dissentiment qui est apaisé et de critiquer un ouvrage qui ne me concerne pas particulièrement, bien que d'ailleurs Descartes, comme vous me l'affirmez, m'injurie non seulement dans ses écrits, mais encore dans ses discours'. » Tous les véritables savants voyaient, au contraire, avec peine cette hostilité persistante entre les deux philosophes les plus illustres du siècle; aussi résolurent-ils de mettre tout en œuvre pour les réconcilier. Ce fut l'abbé d'Estrées qui leur en fournit l'occasion en invitant un jour à dîner Descartes et Gassendi avec plusieurs de leurs amis communs : Mersenne, de Roberval, Tabbé de MaroUes... Malheureusement une indisposition subite de Gassendi faillit tout compromettre, en l'empêchant de se rendre à cette réunion; mais l'abbé d'Estrées, tenant à couronner son œuvre, fit si bien qu'il décida tous ses hôtes à rendre visite au malade. Descartes et Gassendi s'embrassèrent et se promirent une éternelle amitié, avouant mutuellement leurs torts et sans doute aussi leur trop grande crédulité aux conseils et aux insinuations de quelques faux amis ^. Dans la critique qu'il fait des Méditations^ Gassendi suit pas à