Baillet, (yp. cit
âO LA PHILOSOPHIE DE GASSENDI
pas Descartes, relevant tous les vices de méthode, toutes les inexactitudes, toutes les conclusions douteuses. Il est, toutefois, quelques points essentiels contre lesquels il dirige plus spécialement ses efforts, persuadé qu'en en montrant la faiblesse, il infirme du môme coup tout le système de Descartes. Non qu'il n'admette un grand nombre des vérités admises par Descartes luimême, mais il pense que ces vérités doivent être démontrées par une autre voie et appuyées sur des preuves plus convaincantes. — Or, le doute méthodique étant le point de départ des Méditations, le cheval de Troie * d'où doivent sortir tout armées les démonstrations les plus concluantes, c'est lui d'abord qu'il attaque et combat en montrant que Descartes en fait un usage illégitime lorsqu'il l'étend à toutes nos connaissances et rejette comme simples préjugés tous les jugements de l'esprit. Rompre tout lien entre les idées, émietler en quelque sorte la pensée, repousser tout principe directeur, c'est détruire pour le seul plaisir de détruire et fermer d'avance toute issue à la certitude et à la vérité. — Quel critérium, en effet, nous propose Descartes pour guider l'intelligence dans son travail de reconstitution? L'évidence : mais, d'une part, comme beaucoup de choses nous paraissent évidentes qui sont fausses, il faudrait nous dire — ce qu'il ne fait pas — dans quels cas l'évidence est un signe infaillible; d'autre part, en proposant, comme garantie à l'évidence, la véracité divine, il se contredit et recourt à un moyen plus théologique que vraiment philosophique.
Gassendi montre non moins clairement les lacunes de la métaphysique cartésienne et les dangers de faire consister l'essence de l'âme dans la seule pensée et l'essence des corps dans la seule étendue. Il semble avoir prévu les conséquences que tirera Spinoza de cette doctrine. « Nous ne devons pas oublier, dit Gassendi, que le même être peut avoir plusieurs attributs différents et que l'étendue et la pensée ne sont que des attributs. »
Enfin, contre Descartes, il soutient que l'hypothèse de la création continuée telle que l'entend ce philosophe est inadmissible, car elle enlève aux êtres leur activité; que la preuve ontologique de l'existence de Dieu est sans valeur, car elle repose sur un cercle vicieux ; que celles qu'il établit sur le principe de cau-