‹ La philosophie de GassendiChapitre 61 sur 178 · Gass., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Gass., 1. 1, p

2. « Quippe tametsi scriptura qiioque factum mundum dicat ex invisa materia, placet tamen interpretatio, qua materia hœc dicitur in visa, quia nullasit; uti etiam, dum legimiis sœcula Dei verbo aptata, ut ex invisibilibus visibilia fièrent, videtur idem esse dicendum, quatenus nîhil esse potest nihilo ipso invisibilius. » (Id,, 163.)

Thomas. — Gassendi. 8

intelligent et sage. Le hasard et la Fortune, auxquels on les attribue, ne sont que des mots creux et vides de sens qui masquent mal notre ignorance. Mais alors, « si cet ordre a été établi par quelque cause, n'en résulte-t-il pas qu'il n'est pas éternel? Qui dit établissement, dit action qui se fait en quelque temps : une chose éternelle, au contraire, ne devient pas, elle n'est pas établie à un moment donné ; ce qu'elle est, elle l'a toujours été et le sera toujours, se bornant pendant la longue série des siècles à persévérer dans son être ^ »

En second lieu, si le monde n'a pas eu de commencement, comment se fait-il que les sciences et les arts qui se perfectionnent de jour en jour ne soient pas plus prospères et que l'histoire, au delà d'une époque relativement récente, ne nous fournisse aucun renseignement? — Suivant Aristote et Platon, mille causes expliqueraient ces faits : les migrations des peuples, les épidémies, les guerres, les tremblements de terre et tous les bouleversements du sol qui, en changeant la face des choses et les mœurs des hommes, ont enrayé le progrès et fait perdre le souvenir du passé. — Lucrèce considère, au contraire, l'existence de ces troubles comme incompatible avec l'éternité du monde. Le temps, chaque jour, comble les vallées et abaisse les montagnes, tend par conséquent à tout niveler : d'o.ù vient donc que ce travail ne soit point encore achevé? Il se produit bien quelquefois des tremblements de terre qui créent de nouvelles montagnes et de nouvelles vallées, mais ces faits sont fort rares et insuffisants à lutter contre l'action continuelle des pluies et des fleuves qui emportent sans cesse avec eux la terre dans les eaux. Enfin, il faut remarquer que les migrations des peuples se font lentement ; que les guerres et les cataclysmes ne détruisent pas les nations entières; le souvenir des choses anciennes n'aurait donc pas dû périr entièrement et la tradition nous l'aurait con« serve.

Examinons maintenant de plus près l'argument d'Aristote; on peut le résumer ainsi : Le temps est éternel ; or, le mouvement qui en est le nombre ou la mesure doit être éternel également, de même que le mobile où il réside : donc le monde est éternel. Quant à l'éternité du mouvement, Aristote la démontre

Page 1