‹ La philosophie de GassendiChapitre 62 sur 178 · Gass., I, p · texte numérisé non relu

Gass., I, p

de \a matière suivante : « S'il y a eu un premier mouvement, comme tout mouvement suppose un mobile, ou ce mobile a été engendré ou il est éternel, mais néanmoins en repos, à cause de quelque obstacle : or, dans les deux cas, il s'ensuit une absurdité. Car s'il est engendré, c'est par un mouvement et ce mouvement sera par conséquent antérieur au premier mouvement; s'il a été en repos éternellement, l'obstacle n'a pu être levé sans le mouvement lui-même et ce mouvement encore se trouvera antérieur au premier mouvement produit *. » Ce qui implique contradiclion. Notons que le mouvement dont parle ici Aristote est celui du monde céleste par lequel s'expliquent tous les autres.

A ce raisonnement Gassendi oppose deux objections principales. La première, c'est qu'on peut concevoir le temps autrement qu'Aristote, à savoir comme une chose tout à fait indépendante du mouvement : qu'il y ait du mouvement, ou qu'il n'y en ait pas, le temps reste toujours le même; dès lors, de l'éternité du temps on ne saurait logiquement déduire l'éternité du mouvement et du monde. La seconde, c'est qu'on ne saurait légitimement supposer « que rien ne soit premier que par le mouvement physique »; il y a la vertu infinie de la cause suprême, Dieu, qu'on oublie.

Plus spécieuses sont les preuves suivantes en faveur de l'éteriiilé du monde. La perfection des substances séparées vient en partie de ce qu'elles meuvent l'univers et ce qu'il contient ; mais ^ l'univers n'était pas éternel, cette perfection ne leur appar- ^endrait pas, car alors elles resteraient oisives. Pour ce qui concerne spécialement le premier moteur, on ne pourrait dire de lui 1Q*il est immobile et immuable et qu'il demeure identique à lui- Dûême, si le monde avait commencé d'être, car alors son action nWait pu toujours s'exercer. Il s'ensuivrait même que Dieu et la nature ne feraient pas nécessairement le meilleur, puisque raelion créatrice ne se serait produite qu'à un moment du temps. Quant k la question de savoir si les oiseaux ont précédé les œufs ou les œufs les oiseaux, elle n'a plus sa raison d'être quand on admet que le monde n'a pas eu de commencement; il suffit d'y répondre avec Censorinus : « Puisqu'il est évident que

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