‹ La philosophie de GassendiChapitre 67 sur 178 · T. II, p · texte numérisé non relu

T. II, p

« On ne prend pas garde, dit Bernier *, que si Gassendi fait résider la faculté sensitive, généralement prise, dans le cerveau, il n'exclut pas absolument la spéciale et n'en prive pas absolument les parties '. — Comme il admet une espèce d'âme, de perception, de sentiment, dans les insectes coupés, il admet aussi que le pied, par exemple, étant animé, sent effectivement du plaisir ou de la douleur selon que le contact est rude ou poli. » Il y aurait donc comme une âme centrale se ramifiant dans tout le corps par une multitude de rayons toujours tendus, rayons sensibles et dont toutes les émotions, à peine éprouvées, seraient immédiatement ressenties, quand les organes sont sains, par le noyau où ils aboutissent. L'âme, en localisant une sensation, ne ferait donc que localiser dans une de ses parties qu'elle connaît, la modification subie. Que toute communication entre une de ses parties et le centre soit interrompue — n'oublions pas en effet que l'âme est matérielle — et naturellement la sensation n'est plus perçue. — Quant aux illusions des amputés, elles s'expliquent facilement parla mémoire etl'babitude; l'âme continue à situer ses sensations où elle les localisait autrefois. — On peut expliquer d'une manière analogue la perception de la distance, perception qui est due à un travail de l'esprit s*exerçant sur les données des sens. Sans la comparaison qui relève d'une faculté supérieure à la sensibilité, nous dit Gassendi à plusieurs reprises, la notion de distance nous resterait inconnue^.

Le second problème intéressant que soulève Gassendi est, avons-nous dit, celui de la vision binoculaire. — Gomment expliquer qu'avec nos deux yeux, nous n'apercevions qu'un objet? — Les raisons que Gassendi nous donne de ce fait sont assurément ingénieuses et elles offrent ce grand avantage de pouvoir être facilement contrôlées par chacun de nous. — Il écarte d'abord les explications insuffisantes qui jusqu'à lui ont été proposées. Ainsi on allègue quelquefois, nous dit-il, que les espèces se confondent dans le parcours des nerfs optiques : pure hypothèse que rien n'autorise. — On prétend encore que les axes de l'un et l'autre œil se rencontrent, — mais on ne l'appuie

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