CHAPITRE II
DE l'imagination
Nécessité d'admettre une faculté de connaître distincte des sens. Opinion des philosophes qui font l'âme corporelle; opinion de ceux qui la font incorporelle et divine; opinion de Gassendi. — I. L'imagination n'est P?8 distincte du sens commun et de la mémoire. — II. Fonction de jiniagination : de la conservation des images; explication physiologique. — III. Du rappel et de l'association des images. — IV. Du jugement. — V. Du raisonnement. — VI. De l'instinct. — VII. Des songes.
L^s sens ne nous donnent que l'appréhension simple et nue
^^s choses présentes, sans porter sur elles aucune affirmation;
f *^s existaient seuls, notre pensée serait' donc une pensée tou-
J^^rs mourante, une mosaïque de sensations, sans lien et sans
^'^^té, interrompue ou continuée au gré des impressions. — Que
'* pensée ait de tout autres caractères, c'est ce que l'expérience
^ ïtioins attentive nous atteste, puisqu'elle nous montre que, en
^^^lité, nous pouvons méditer, délibérer, combiner des idées,
^^me lorsque nos sens sont au repos. C'est qu'il existe, outre
^^ sens, une faculté connaissante intérieure qui accomplit ce
^^^vail et féconde leurs données. Cette faculté, les Grecs la nom-
^^ent TÔ TiyejjLoviîcov, voulant indiquer par là que c'est elle qui
^^cite et dirige les mouvements et les tendances de l'animal et
**^ Vhomme. Les Latins l'appelaient Esprit, réservant à Tâme
Proprement dite les facultés végétative et sensitive ; d'autres phi-
*08ophe8, enfin, lui ont donné différents noms : ceux d'Enten-
^eonent, de Raison, d'Imagination, de Prudence, etc., suivant
^u'ila étendaient plus ou moins son domaine ^
i* GasB., t. n, p. 398 et sq.
Quoi qu'il en soit, si tous en reconnaissent l'existence, tous reconnaissent également la difOculté d'en montrer la vraie nature, les fonctions multiples et le siège précis : aussi, nous dit Gassendi, devons-nous nous estimer heureux, une fois encore, si, ne pouvant atteindre sûrement le vrai, nous atteignons au moins le vraisemblable.
Les opinions qu'on a émises, touchant la nature de cette faculté, peuvent se diviser en deux grandes classes :
Démocrite, Epicure, les stoïciens, tous ceux qui font l'âme — c'est-à-dire le principe de la vie et de la sensation — matérielle, soutiennent que la faculté de connaître en est essentiellement distincte. L'expérience, nous disent-ils, prouve, en effet, qu'entre elles, il peut souvent y avoir opposition, car l'Esprit est fréquemment ému, sans que les fonctions vitales soient troublées,, de même que le corps est lésé sans que l'Esprit soit atteint. — Ce qui est vrai, c'est qu'elles sont étroitement unies ; l'Esprit est à l'âme ce que le moyeu est aux rayons de la roue, ce que la prunelle est à Tœil ; il est l'âme de l'âme, comme la prunelle est l'œil de l'œil. La faculté de connaître ne doit donc pas être conçue comme un simple mode, un simple accident de la substance, mais bien comme une substance propre, comme quelque chose de concret : « ce par quoi nous pensons et connaissons intérieurement. » — Enfin, cette faculté est une et les différents noms qu'on lui donne indiquent simplement les différents aspects sous lesquels on l'envisage et les différentes fonctions qu'elle accomplit.
Pythagore, Platon, Aristote, tous ceux qui admettent en nous quelque principe incorporel, admettent au contraire une double faculté de connaître. Pour Platon, la première, incorporelle et d'essence divine, a son siège dans la tête et prend le nom de rai» son : elle est le propre de l'homme; la seconde, qui est complexe et corporelle, qui nous est commune à nous et aux animaux, aurait son siège dans le foie et dans le cœur. Aristote établit la même distinction et marque avec soin quelles différences séparent la partie raisonnable de la partie Imaginative qui se retrouve, à des degrés divers, chez tous les animaux. Raison-^ nant ensuite sur chacune de ces facultés comme ils ont raisonné sur l'intelligence, Aristote et ses disciples établissent en elles plusieurs distinctions nouvelles : c'est ainsi que dans l'imagi*
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nation, par exemple, ils découvrent successivement six facultés secondaires : sensus communis, vis imaginatrixj vis œslimatrix, pkantasia, vis cogitatrix et memoria,
Gassendi ne rejette ni n'admet précisément aucune de ces théories, il s'efforce plutôt de les concilier. Avec Platon et Aristote, il admet que nous avons une double faculté de connaître; l'une incorporelle et, en quelque façon, divine : l'entendement; l'autre, au contraire, matérielle : l'imagination; mais il pense, avec Démocrite et Épieure, que cette dernière faculté est une et que c'est arbitrairement qu'on la considère comme composée de parties distinctes.
Examinons donc successivement chacune de ces facultés, en commençant notre étude par l'imagination, la connaissance de ses fonctions et de son rôle nous étant indispensable pour hien comprendre les fonctions et le rôle de l'entendement.
I. — Le travail de l'imagination commence où finit celui des sens. Pour qu'un sens s'exerce, il faut, avons-nous dit, qu'il y ait impression faite sur l'organe, transmission de cette impression par les nerfs et modification du cerveau : qu'une seule de ces coaditions fasse défaut et la sensation ne se produit pas. Or, l'imagination a précisément le pouvoir de renouveler les perceptions passées et de représenter les choses absentes qui n'agissent pas actuellement sur nous. C'est là son premier travail, celui qui nous la montre se confondant presque avec les sens. — Mais elle est capable de plus encore, à mesure qu'elle s'élève au-dessus de la faculté sensitive ; après avoir reproduit des perceptions passées, elle peut assembler des espèces d'origines différentes et porter des jugements, inférer même de certaines choses certaines autres, c'est-à-dire raisonner. Paire revivre les émotions disparues, juger et raisonner, telles sont donc les principales opérations de l'imagination : opérations qui supposent nécessairement que le passé a laissé en nous des traces que nous sommes çapa- 1)les de retrouver à un moment donné.
Suivant les disciples d'Aristote, comme nous l'avons indiqué, il faudrait voir dans ces opérations, non des fonctions différentes d'une seule et même faculté, mais bien des fonctions de facultés ^iifférlntes : le sens commun, la mémoire, le jugement.
« Le rôle du sens commun, nous dit Aristote, est double :
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d'une part, il juge les différences qui existent entre les sensibles propres qui affectent les sens externes et discerne, par exemple, la blancheur de la douceur; d'autre part, il est uni aux sens externes de telle sorte que, s'il est affecté, ils le sont également, sans que la réciproque puisse être admise. » On pourrait le comparer à un centre où les sens aboutiraient comme des rayons. Ainsi, chaque sens connaîtrait son objet et sa fonction et le sens commun connaîtrait, à la suite d'une comparaison et d'un jugement, les objets et les fonctions de tous.
Gassendi rejette cette doctrine pour plusieurs raisons : d'abord, il est douteux que chaque sens connaisse sa fonction ; la réflexion et le retour sur soi-même qui sont nécessaires pour concevoir et penser que Ton sent, appartiennent à une faculté supérieure et il ne semble pas que les bêtes la possèdent. Aussi Plutarque attribue-t-il justement cette opération à l'âme raisonnable *. — En second lieu, il est arbitraire d'attribuer au sens commun le pouvoir de juger des différences qui existent entre nos sensations. Tout sens, quel qu'il soit, interne ou externe, est limité à la simple et nue appréhension des choses; or, l'acte de juger étant tout différent, ne peut relever que d'une faculté supérieure : la phantaisie. Que si l'on veut admettre, néanmoins, un sens commun distinct, il convient de le considérer comme la réunion même des sens externes, en tant que ces sens ont un lieu commun où les nerfs qui en sont les organes aboutissent et transmettent les impressions.
Plus spécieuses sont les raisons qu'on invoque pour établir une distinction entre l'imagination, la mémoire et le jugement. — On fait remarquer, en premier lieu, que ces facultés exigent des conditions organiques opposées : plus le cerveau sera malléable et humide, plus l'imagination sera apte à recevoir les impressions; plus, au contraire, il sera ferme et sec, plus la mémoire et le jugement seront favorisés. — En second lieu, l'expérience nous prouve qu'entre ces facultés il existe des oppositions frappantes : ne savons-nous pas qu'à la suite de violentes émotions ou de chocs et de lésions dans le cerveau, des personnes ont perdu la mémoire du passé tout en conservant encore le pouvoir
1. Redire in nosmet, ut cum quidpiam viderimus, etiam videra nos concipiamus, lioc superioris omnino facultatis est, neque apparet bruta in se taie aiiquid machinari. (T. II, p. 402.) -- V. plus loin, 2e partie, p. 158.
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d'imaginer? — De même on rencontre des malades qui tantôt conservent la faculté imaginatrice très saine et perdent celle de bien juger, tantôt ont l'imagination troublée et le jugement très sain.
Ces constatations sont exactes, mais non, pense Gassendi, les conclusions qu'on en dégage. Celles qui sont tirées des conditions physiologiques du cerveau ne prouvent qu'une chose, c'est que le cerveau ne doit être ni trop humide, ni trop sec pour que la phantaisie puisse convenablement remplir toutes ses fonctions. Dans le premier cas elle appréhende vivement et promptement, mais ne peut qu'avec peine retenir et se rappeler; dans le second, au contraire, elle retient longtemps, mais ne saisit que difficilement. — Quant aux autres objections, elles viennent d'une méprise : d'abord, il* est inexact que nous perdions jamais la faculté de nous souvenir; si, en effet, elle disparaissait entièrement, il n'y aurait plus ni imagination, ni jugement. Ce qui se perd, ce sont uniquement les espèces indispensables à la réminiscence. En outre, tous les exemples qu'on invoque s'expliquent très simplement dès qu'on admet qu'il peut y avoir soit un arrêt de développement, soit un trouble dans la phantaisie, car alors ou elle ne peut s'élever jusqu'à l'opération du jugement, ou les images qu'elle reproduit se combattent.
Nous pouvons donc conclure que, outre l'intellect qui est dans l'homme seul, il n'existe qu'une seule faculté de connaître interne qui est la phantaisie ou imagination ^ Peu importe maintenant qu'on lui donne différents noms, pourvu qu'on entende bien que ces noms désignent uniquement les différentes fonctions qu'elle remplit, de même que les termes de sauter, de marcher... indiquent uniquement des fonctions particulières de la force motrice. Ce sont ces fonctions diverses qu'il nous reste à analyser et, comme toutes ces fonctions supposent qu'il reste en nous quelques traces des impressions disparues, il est naturel, qu'avec Gassendi, nous commencions par elles cette étude.
1. Maneat igitur prœter intellectum qui in solo est homine, esse tam in homine quam in brûlis unicam internani cognoscentem facuUatem quœ sit ipsa phantasia, quœque vocari quidem prœterea sestimatrix, cogitatrix, memoria aliisque nominibus possit. (Gass., II, p. 402.)
IL — Si nul doute ne peut s'élever au sujet de rexislence des traces que le passé a laissées en nous, il n'en est pas de même, nous dit Gassendi, au sujet de leur nature. Les différents noms d'espèce, de type, d'empi^einte, d'image^ de simulacre, etc., qu'on leur donne, indiquent simplement que ces traces ou vestiges sont tels en nous qu'ils permettent à la phantaisie de revoir les choses externes, quand on n'est plus en leur présence. Mais gardonsnous de les concevoir comme des images, au sens ordinaire qu'on donne à ce mot, c'est-à-dire comme de petits dessins gravés dans le cerveau. Cette conception, qui semble convenir aux représentations visuelles, serait inintelligible pour toutes les autres. Comment, en effet, et sous quelle image se représenter les odeurs et les sons, par exemple, que l'imagination peut cependant reproduire? — Ce qui reste en nous n'est vraisemblablement ni coloré, ni sonore, ni savoureux, car il serait absurde que le cerveau fût rempli de toutes ces qualités : la seule chose dont nous soyons certains, c'est que le résidu de la sensation est • tel que, par son moyen, l'ébranlement cérébral qui s'est produit une fois peut se produire de nouveau et, avec lui, le sentiment et la connaissance qui l'accompagnent.
Si cependant il est permis de faire une hypothèse, il semble que la suivante soit la plus probable. « La trace laissée en nous ne pourrait-elle pas être comme une espèce de pli qui s'est fait dans le cerveau, substance malléable et apte à le contracter? » — De la sorte, on rendrait compte des principales difficultés que soulève l'exercice de l'imagination. La première est la reviviscence des émotions passées : or, grâce à ces plis, les esprits animaux ayant des voies toutes ouvertes, pourraient, en les parcourant, aller provoquer des mouvements analogues aux mouvements antérieurement perçus et, par suite, des sensations semblables aux sensations évanouies.
Ces plis pourraient être conçus comme des espèces de vestiges, car ils nous conduisent à la connaissance de leur cause, de même que les vestiges laissés par l'animal nous amènent à nous le représenter. Le nom de tijpes leur conviendrait également, car produits par des impressions spéciales ils doivent en garder la physionomie propre et les caractères distinctifs. On peut même les appeler espèces ou images, pourvu qu'on distingue avec soin les deux significations principales que les philosophes donnent à
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ces termes. A rempreinte, au vestige, au pli laissé dans le cerveau ils donnent ordinairement le nom d'image impresse; cette image reste en nous, même lorsque nous n'imaginons pas. A l'acte de l'imagination qui, parTintermédiairede cette empreinte, conçoit et pense, fait revivre ses perceptions et se représente les objets, ils donnent le nom d'image expresse^. Cette dernière image seule mérite à proprement parler son nom, car elle est conforme aux choses, ou plutôt est les choses mêmes en tant qu'elles deviennent l'objet de l'imagination ou, pour parler le langage généralement usité, sont objectivement en elle. L'une de ces images est cause, l'autre est effet; celle-ci est une modification purement organique, celle-là est un acte de notre faculté connaissante ^.
On s'est encore demandé où se trouve le siège de l'image impresse, si elle est imprimée dans le cerveau ou dans la phantaisie? « On peut répondre que le cerveau étant animé et que la phantaisie n'étant pas distincte de l'âme dont elle est une faculté, l'impression doit se faire à la fois dans le cerveau et dans l'imagination. Aussi a-t-on l'habitude de la situer tantôt dans l'un, ^ntôt dans l'autre; dans le cerveau, comme dans le sujet commun à la phantaisie et à elle-même; dans la phantaisie, comme dans l'agent qui se sert d'elle ainsi que d'une espèce d'organe pour agir ^. »
Les objections que soulève cette explication physiologique de '® naémoire n'ont point échappé à Gassendi. Comment com- P'^endre, dit-on, dans l'hypothèse où nous nous sommes placés, '"^ dans un espace aussi restreint que celui du cerveau, il puisse ^® faire tant d'impressions différentes; comment comprendre '''*tout que tant d'espèces puissent y être conservées sans con-
^îl'on se représentait le cerveau, répond Gassendi, par analogie
^^c un vase où s'entasseraient des objets, ou avec une cire molle
^^^ modifieraient des cachets différents, ces objections seraient
^ «^ Gassendi, t. II, p. 405.
^- /d., II, 405. Ii^^^ Respondeo impressionem fîeri in composite seu in cerebro, ac phanqj^^a simul : unde etvulgo nunc in illo, nunc in isto esse dicitur; in illo ^^^dem, ut in communi tam phantasiae, quam ipsius subjecto; in istu Q^^^^o, ut in coexistente et quasi in agente, quod sit ipsa veluli quodam ^ano ad agendum instructum. {Id,, p. 405.)
irréfutables; mais il en est autrement, si nous nous en tenons à l'explication précédente. Ne savons-nous pas qu'une feuille de papier peut, par une main exercée, être pliée de mille manières sans que les plis se confondent, de telle sorte que pour un œil exercé il soit possible de suivre chacun d'eux? — Pourquoi n'en serait-il pas de même du cerveau qui se prête à des modifications bien plus nombreuses? — Ainsi s'expliquerait la facilité avec laquelle s'insinuent et se glissent les esprits, renouvelant dans leur ordre primitif toute une série de connaissances antérieures? — Il semble, d'ailleurs, qu'on se fasse du cerveau une idée tout à fait inexacte. Le cerveau, sans doute, par rapport à l'univers qu'il réfléchit, est un infiniment petit; mais si on le considère, au contraire, par rapport à l'atome, il est un infiniment grand. Pour bien s'en rendre compte, qu'on se rappelle ce que nous avons dit du ciron. Dans cet insecte, invisible à l'œil nu, se trouvent des organes; dans ces organes, des molécules en quantité innombrable : or, si sa constitution est si complexe, combien ne doit pas être plus complexe celle du cerveau qui est des milliers de fois plus grand. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il puisse recevoir tant d'impressions et à ce que ces impressions coexistent sans s'effacer.
Une seconde difficulté vient de la durée même de ces impressions, étant donné que le cerveau, comme tout organisme vivant, se renouvelle sans cesse; mais nous avons expliqué déjà, en parlant de l'habitude, comment il se fait que les traces reçues parfois disparaissent et parfois persistent, les atomes qui surviennent prenant la place de ceux qui sont chassés et conservant à l'organe sa forme primitive *.
Ces objections écartées, les faits de mémoire s'expliquent d'eux-mêmes. — On comprend d'abord sans peine comment il est possible de se rappeler les choses qu'on croyait avoir oubliées. Le phénomène est analogue à celui qui se produit lorsque nous cherchons sur une feuille de papier un pli qui échappe à nos regards, bien qu'il ne soit pas effacé. Nous prenons un pli distinct de la même série, puis, en le suivant avec attention, nous en arrivons plus ou moins vite à celui qui nous intéresse. De même pour la mémoire, nous choisissons une idée de l'ordre de
i. Voy. Pbyaiqae, ch. iv, p. 81 et sq.
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^elle qui nous occupe, puis, suivant romprciiitc qui lui corr'espond, nous arrivons au résultat désiré.
On comprend également pourquoi l'on se souvient fjénrntUi' tnait mieux des faits récents que des faits nnr'inns^ puisque I(îs pli» qu'ils ont laissés sont d'ordinaire plus profonds et plus facilns h suivre; pourquoi aussi la multiplicité des impressions nuit n. I(!ur clarté, comme la multiplicité des plis en diminue la ncltr^lé ^ Nous savons, en outre, combien il est difficile mouvant dr univrc \ÊR même ordre d'idées et combien la distraction est chose commune : ce qui nous arrive alors ressemble à ce qui arrive h robservateur inattentif qui, en regardant les plis imprimés sur la feuille, passe de Tun à l'autre sans y songer et sans apercevoir son erreur. La volonté est nécessaire à renchaînernent logique des idées.
Enfin, on rend compte de la même manière de touteri I^;h anofluBes de la mémoire. D'abord des faits d'amnénie totale : hi, a i&snte de certaines maladies, nous perdons complêt/;rn^;nt le Murenir du passé, c'est qu'il en a été du cerveau comme (Y nue feuiUe de papier que Thamidité a distendue : tous les pli.^ 'ac ^'Ot eifaeés. Mais ces exemples d'amnésie totale sont fort nren. l^ai«st toat autrement des exemples (['amnésie jfartielle, car il UMB irrive à (cas. chaque jour, de constater de^ \ncuufA darM MssoaTeairs: bien pkis. de ne pas reconnaître, quand norj-î U:^ 'çppffloo* piîor la seconde fois, des faits qui nous avai-rfit ';f/; tafliefs- La caose principale de l'amnéaie, dan» ce-, ca.», t*X *>»la •'oostitation même du cenreiu voumis à la loi ^ie i'ir/>:- Mtou et de la désintégration vit.^e5. Le- pli-, formé* p>^r !-:••, ■ofaule* aoaTelles ont effa»îé les plis ancien*, Aii.-.*i cof.*^-.' .r.-» "•■pie les faits dont nous nous 2«>a venons !•* rcil^nx Vj:.' .-, * c 'pi uaua ont Le plus ^imnA •*& 'i^tt.u.i U phj.i lowi-irU. \ji K-.'i.i.'f-'. '»âiipciss9Îons et leur r'if^^.'.ir.h'rt, sijct donc de-':x cor.:!':i'jr.* -^f-, *iBéiiioire. ÏBtt les «iéfiaLats. comme tûattt I-*-» q :aLt#î*î d-î \\ r-'c^rrioire. leur raison dauiî L^irll;.i^:c "iz^^t^A-r.:.:.?:. Air..*i. or*. \ ■fœ les viei-lardi 'ii". I.1 r-ëîn:L''i '.=-.-, *rr.*./^ ".;>. \.'-:\
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une extrême difficulté. — C'est que la mémoire du vieillard est déjà surchargée de souvenirs, ou mieux son cerveau couvert de plis, le cerveau du jeune homme étant frais encore; c'est, en outre, que le cerveau de l'un se désagrège peu à peu et perd de sa souplesse, pendant que le cerveau de l'autre est dans toute sa vigueur. — Si quelques personnes apprennent facilement, c'est qu'elles possèdent un organe d'une impressionnabilité très grande; or, la facilité même avec laquelle les impressions se gravent en lui, fait précisément que parfois ces impressions se nuisent. Quant, au contraire, Torgane de la mémoire est lent, peu apte à s'assouplir, il ne garde qu'avec peine les traces du passé. La conservation des espèces, condition première et sine qua non de la phantaisie, trouve donc son explication dans l'organisme et la mémoire nous apparaît de nouveau comme une véritable habitude, habitude à la fois physiologique et psychologique, puisque les espèces sont imprimées et dans le cerveau et dans l'âme elle-même qui est matérielle. — Recherchons maintenant comment l'imagination fait revivre le passé et met en œuvre les matériaux de la mémoire.
III. — Si nous prêtons un instant d'attention à ce qui se passe en nous lorsque l'esprit s'abandonne, par exemple, à la rêverie, nous sommes étonnés du nombre des images qui se succèdent, s'évoquant, se repoussant les unes les autres, parfois avec une extrême rapidité, sans ordre et sans lien apparent. Tous nos états antérieurs, toutes nos émotions et toutes nos représentations renaissent et sortent de l'oubli, évoquant le passé dans une suite ininterrompue de tableaux qui tantôt nous plaisent et tantôt nous attristent. Comment expliquer ce fait, l'un des plus importants, sinon des plus merveilleux de notre vie mentale?
L'hypothèse physiologique que Gassendi a proposée, lui fournit, ici encore, la réponse.
Remarquons d'abord que l'imagination étant une, comme nous l'avons étabh S ne peut être attentive qu'à une image à la fois, « à moins peut-être que les choses ne soient telles qu'elles ne puissent être appréhendées comme une seule et même chose, de sorte qu'il n'y ait qu'une commune appréhension, composée de