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DE l'imagination 148
^universelles; or, comment ces appréhensions sont-elles possibles, tous les vestiges laissés en nous étant nécessairement particuliers? — La difficulté est d'autant plus sérieuse, que Gassendi 'Cherche à tous ces faits une explication purement physiologique. Voici comment il y répond : Il est vrai que tout objet -qui agit sur nous étant singulier, ne peut rien imprimer dans la phantaisie qui ne soit singulier; néanmoins, comme entre les choses sensibles il y a des ressemblances, il se peut faire <r qu'il y ait dans la phantaisie divers amas de plusieurs vestiges qui soient véritablement singuliers, mais cependant semblables entre eux ». Ainsi, nous n'avons pas l'image de l'homme en général, mais nous pouvons avoir plusieurs images qui, à cause de leurs ressemblances, représentent plusieurs hommes, voire tous les hommes. — Les traces laissées par les hommes que nous avons vus, diffèrent de celles qu'ont laissées les animaux, aussi les distinguons-nous sans peine ; mais ces vestiges eux-mêmes, quoique divers, par suite de quelques accidents particuliers, ont des caractères communs avec les premiers, ce qui permet de dire « qu'ils sont en quelque façon un, à cause de la ressemblance mutuelle des parties qui composent cet amas ». Par exemple, lorsque nous énonçons que tout homme a deux pieds, nous n'appréhendons pas un certain homme universel, mais seulement l'amas de tous ceux que nous avons vus et que nous regardons pour ainsi dire dans la phantaisie. « Donc toutes les fois qu'on fait une proposition générale, on n'appréhende autre chose qu'un amas de plusieurs singuliers qui auront frappé les sens par eux-mêmes et laissé leurs vestiges dans la phantaisie, ou qu'on sous-entend pouvoir être ou être dits semblables à ceux qui auront frappé •ou fait impression. »
En résumé, il semble bien que pour Gassendi les idées générales soient dues à la similitude des impressions faites sur nous par les objets. Ces impressions, par suite de leurs caractères communs, se sont comme fondues ensemble et ont donné naissance à une imagedont le noyau, pour emprunter une comparaison de Gassendi lui-même, toujours invariable peut s'associer à telle ou telle représentation particulière. Porter un jugement universel c'est donc encore « appréhender une chose ou mieux un ensemble <de choses formant un tout avec quelque adjoint ou qualité ^ ».
1. a II faut savoir que tout jugement afûrmatif n'est que l'appréhension ThoXAS. — Gassendi. 10
V. — La troisième opération de la phantaisie est le raisonnement, qu'on appelle aussi argumentation et discours. Il y a deux espèces de raisonnements : Tune qui est propre à l'homme, l'autre qui lui est commune à lui et aux animaux et qui relève de la seule imagination. Considéré comme fonction de Timagina* tion, le raisonnement est l'opération par laquelle nous inférons une chose d'une autre ^
Que les animaux soient doués de ce pouvoir de raisonner, c'est ce que nous prouvent les faits les plus significatifs. Sans doute ils ne parlent point ou, s'ils parlent, leur langage est différent du nôtre ; mais s'ils n'ont pas le discours extérieur, on ne saurait leur refuser le discours intérieur, la pensée. Gassendi rapporte alors de nombreux exemples qui prouvent que l'animal raisonne réellement : les ruses du gibier que le chasseur poursuit, la fuite du chien à la vue du bâton, son empressement à accourir à notre appel, etc.
Comment se forme, maintenant, le raisonnement dans la phantaisie? De la même manière que le jugement. De même que Timagination peut lier ou séparer deux appréhensions simples, elle peut lier une de ces appréhensions avec une troisième ou Ten séparer : or, c'est en cela précisément que consiste l'argumentation.
Par exemple : « Si après avoir appréhendé Socrate et homine et jugé que l'appréhension de homme convient à Socrate, nous avons joint l'une et l'autre et énoncé que Socrate est homme, il arrive que l'appréhension étant encore récente et subsistant toujours, nous montions à l'appréhension de l'animal et que, jugeant qu'elle convient avec celle de l'homme, nous les jugions et énoncions que l'homme est un animal; alors reprenant naturellement et sans peine l'appréhension de Socrate, nous jugeons que l'appréhension de l'animal convient avec elle et, de là, nous joignons et inférons par une énonciation que Socrate est donc un animal. » Cet exemple nous montre bien le passage qui s'effectue du singulier à l'universel ou à l'amas de plusieurs. D'abord la phantaisie « est mue par un singulier qu'elle connaît et énonce être un de plusieurs singuliers semblables dont nous avons dit que l'amas
d'une chose avec quelque adjoint ou qualité, et le négatif que l'appréhension de la chose comme destituée de tel adjoint ou qualité. » (II, p. 411. 1. II, 411.