Gass., t. II, p
2. Notura est tam ovum, quam embryonera, et dum gestatur utero, et du m excluditur nasciturve esse partem vivam vivi animalis, et quae a natura destinata ad propagationem sit. Quare ut amop sui ipsius, propriarumque partium ingenitus est animali, ita ejus praecipue partis, quae instituta a natura est ad generis conservationem. (T. II, p. 416.)
géré <i*abord par la mémoire de l'enfance ;eiisaite, par l'exemple de ses semblables et les conseils qu'incontestablement ils lui donnent; enfin, par la recherche et Texamen des choses utiles ou nuisibles au but qu*il se propose. — Ce travail est d'autant plus facile et doit être d*autant plus parfait que, chez les animaux, la phantaisie n*est point distraite par une foule d'objets divers, comme chez l'homme.
On objecte, il est vrai, l'exemple de l'enfant qui, dès sa naissance, accomplit tous les mouvements nécessaires pour aspirer le lait dont il a besoin : n'est-ce pas que la phantaisie semble naturellement connaître son propre objet et le discerner dès qu'il se présente? — Pourquoi ne pas admettre, répond Gassendi, que la phantaisie et le cerveau naissent avec une instruction en quelque sorte toute faite, c'est-à-dire doaés des habitudes mêmes des parents? Est-ce que la petite âme qui est engendrée, n'est pas une partie de celle qui engendre? * Ainsi s'expliqueraient, grâce à Thérédité, non seulement les mouvements de l'enfant, mais encore ceux qui poussent le chat, par exemple, à chasser la souris; l'insecte, né après la mort de ses parents, à choisir les feuilles qui lui conviennent le mieux, et tous les autres instincts analogues. Ces instincts ou mieux ces habitudes utiles aux individus et aux espèces se perpétuent d'autant plus fidèlement chez les animaux, que l'éducation ne vient pas les combattre; tandis que, chez l'homme, l'éducation, comme une marâtre, souvent les pervertit.
En résumé, Gassendi n'admet en nous qu'une seule tendance vraiment première, naturelle et innée, un seul instinct : l'amour de soi. Toutes les formes particulières qu'il revêt sont dues h l'expérience et doivent être considérées comme de véritables habitudes acquises par nous ou par nos ancêtres : ce sont ces habitudes, fruit de la mémoire et de rassociation des images *, qui expliquent les principes communs impliqués dans tous les raisonnements de l'animal.
t. Voir !»• partie, ch. v, p. 90 et sq.
2. Bien que ces termes à*iMS9ociatkm des idées ou d^itssociation des images ne se troarent poiot dans Gassendi, nous avons fait remaniuer déjà que seuls ils rendent euctemenl eompte d« sa pensée.
DE l'imagination 181
VII. — Le travail que nous venons de décrire et qui s'accomplit sans interruption pendant la veille, Gassendi nous le montre se continuantpendant le sommeil, sans trêve ni repos*. La phantaisie ne reste jamais inactive et il n'y a point de lacune dans la pensée : les songes n'en sont que la continuation naturelle, pendant que les sens paraissent fermés aux excitations du dehors. On objecte qu'il y a des personnes qui n'ont jamais rêvé, mais il serait plus juste de dire qu'elles ont oublié leurs rêves. Gomment expliquer sans un certain travail de l'imagination, les paroles qu'elles ont prononcées, les mouvements qu'elles ont accomplis en dormant et que d'autres ont pu consffeiter? — Nous pouvons même ajouter que nos songes forment des séries aussi bien liées que les images de la veille et que leur incohérence n'est le plus souvent qu'apparente. Rappelons-nous ce qui se passe dans le demi-sommeil et nous verrons que nos idées se suivent et s'évoquent les unes les autres suivant des rapports tout à fait naturels. S'il nous semble qu'il en est autrement dans le sommeil, c'est que nous avons perdu le souvenir des anneaux qui relient les deux extrémités de la chaîne : la dernière image, à l'arrivée du sommeil; la première, au réveil.
La raison de nos songes se trouve tout entière dans les causes que nous avons énumérées déjà. — Toutes les impressions que nous avons reçues ont laissé, avons-nous dit, des traces de leur passage dans le cerveau; or, que l'àme soit de nature ignée, partant toujours en mouvement, ou que les esprits animaux, par suite de leur extrême mobilité, s'insinuent sans cesse dans les plis qui leur ouvrent un passage, il en résulte que les modifications antérieures se reproduisent et, en même temps, les sensations qui les ont primitivement accompagnées. Aussi, la phantaisie n'établit-elle point de différence entre les songes du sommeil et les images de la veille. Son opération, dans les deux cas, est la même. « De même, nous dit Gassendi, que la phantaisie agissant avec les sens, pendant la veille, tient pour vraies toutes les choses qui apparaissent aux sens, en ce qu'elle les connaît toutes par la même espèce que lui ; de même, pendant le sommeil, elle lient ces mêmes choses pour vraies en ce qu'elle les imagine par la même espèce qui est demeurée et qu'elle est mue