‹ La philosophie de GassendiChapitre 77 sur 178 · Gassendi, H · texte numérisé non relu

Gassendi, H

2. Les arguments de Gassendi sont absolument les mêmes que ceux qu'invoque M. Taine pour expliquer comment nous distinguons les données de la mémoire des perceptions des sens. Je suis, nous dit-il, dans' ma chambre et je pense au Panthéon; d'où vient que l'image du Panthéon m'apparaisse comme un simple souvenir? C'est qu'il y a dans mon esprit deux représentations contradictoires que je ne puis accepter en même temps comme répondant à une réalité présente. A laquelle dois-je accorder ma confiance? A celle qui est la plus forte et qu'il m'est absolument impossible de chasser. — Comme Gassendi encore, il voit dans Je fait de l'hallucination la confirmation de sa théorie.

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d'ailleurs dans le fait de rhallucination une éclatante confirnialion de l'explication qui précède. D'où vient, en effet, Thalluci- BatioD? De ce que les représentations de l'imagination sont plus vives que celles des sens; alors naturellement nous les objectivons et croyons à leur réalité.

Gassendi remarque cependant que, durant le sommeil, nous ne sommes pas toujours également dupes de tous nos songes. Notre illusion est plus ou moins complète, suivant que notre faculté d'être attentif est plus ou moins affaiblie. Lorsque cette faculté subsiste encore à quelque degré, nous nous rendons vaguement compte de Tétat où nous nous trouvons, de l'absurdité ou de l'impossibilité de nos fictions : de là un certain effort pour les mettre en fuite et revenir à la réalité. Lorsque, au contraire, toute attention a disparu, l'imagination se donne libre carrière et règne en maîtresse souveraine. L'un de ses effets les plus remarquables en nous, est la perte de toute notion précise de la durée : quelques secondes nous suffisent pour accomplir des actes qui exigeraient plusieurs années. Étrangers au mouvement du soleil; incapables d'établir aucune comparaison entre les représentations dues aux sens et les réprésentations dues à ^a seule phantaisie, nous sommes les jouets des plus surprenantes erreurs *.

Quant aux caractères propres de nos rêves et à la direction Ti'ils prennent d'ordinaire, plusieurs causes les expliquent. La pi'eniière se trouve dans les impressions mêmes de la veille. Nous rêvons généralement aux choses qui nous ont le plus fortement Cttius et qui ont laissé en nous les traces les plus profondes. La seconde, étroitement unie à la première, est dans la passion. Si, pendant le sommeil, nous accomplissons parfois le travail le plus compliqué pour résoudre un problème qui nous occupe, ce travail est moins dirigé par l'attention que par notre passion pour un certain ordre d'idées.

Gassendi termine cette suggestive étude par quelques remarques générales sur la valeur des songes et la portée de l'imagi- '^^tion '. Il remarque fort judicieusement que la nature de nos

• Oassendi soutient encore une fois ici, comme on le voit, cette théorie

^ ? ^^ temps se mesure par l'attention que nous portons aux phénomènes

2 ^^ produisent en nous. Voy. plus haut, l""*» partie, ch. i, p. 55 (note)*

.A * Voir Essais de psychologie et de morale : De la moralité dans les

^^s, de M. F. Bouillier.

rôves peut fournir sur nos passions et sur notre caractère les indications les plus instructives * ; que souvent même ils nous avertissent de maladies prochaines qui nous menacent; mais il rejette comme vaines puérilités toutes les inductions qu'on en tire touchant les actes qui dépendent de notre propre volonté. Quant à l'influence générale de l'imagination, il importe de se bien persuader qu'elle est purement immanente. Les astrologues seuls croient ou feignent de croire que nous pouvons par cette faculté agir sur autrui, jeter des sorts, occasionner des maux de toutes sortes. Tout ce que nous pouvons faire, c'est suscîtSr dans l'esprit de certaines personnes l'image d'un mal ou d'un bien quelconque : alors, la cause directe et immédiate de l'effet qui en résulte est dans leur imagination, non dans la nôtre *.

1. Rapprochez de ces explications de Gassendi, celles que donne M. Maury dans son ouvrage : le Sommeil et les Rêves,

2. La plupart de ceux qui ont étudié l'hypnotisme, de nos jours, se rangent à l'opinion que défend ici Gassendi et attribuent les elTets produits sur le patient, à la seule idée qu'on a fait naître en lui. Point de fluide se communiquant du magnétiseur au magnétisé: une simple image suggérée, image qui devient dominante et attire à elle toute l'activité.

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